LA TRADITION ET LES TRADITIONS
encore très active chez les théologiens contemporains. Voici par
exemple deux théologiens franciscains qui appartiennent à la
génération qui précède celle des Pères du concile Caspar Schatz-
geyer († 1527) et Nicolas Herborn († 1535).
Schatzgeyer a un chapitre De Evangelio dans sa Traductio
Sathanae (1525 120. L'Évangile, c'est la Révélation. Il a com-
mencé immédiatement après la chute, avec la promesse d'un
salut. Cette révélation est celle de la « bona voluntas Dei Patris
erga hominem lapsum », elle aboutit à l'envoi du Médiateur.
Elle se dévoile dans l'Ancien Testament déjà aussi bien que
dans
le Nouveau. Son contenu est double, promesses et commande-
ments, «< quid nobis conferre velit; quidquid a nobis exigat » :
ce qui est exigé, c'est l'action de grâces et l'observation des
commandements, mais surtout de celui d'aimer.
Herborn reproche aux luthériens d'identifier ou de confondre
Évangile, Écriture et Parole de Dieu 121. Mais l'Écriture n'est
qu'un signe de l'Évangile, un document lui portant témoignage.
L'Évangile n'est pas principalement un texte écrit, mais la puis-
sance qui opère le salut, la manifestation et l'expression de la
grâce; il est la nouvelle loi infusée dans les cœurs au baptême
par le Saint-Esprit.
Au concile de Trente lui-même, Claude Lejay, orateur du
cardinal d'Augsbourg, approchait d'une manière plus topique
encore de ce qui devait être la position du concile quand il disait
que les traditions aussi bien que les Écritures canoniques étaient
secondes par rapport à l'Évangile qui, lui, était la valeur abso-
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Tous ces antécédents nous permettent de donner au texte du
concile de Trente un sens prégnant, gonflé par la sève d'une tra-
dition qui n'était pas oubliée. L'Évangile y est considéré comme
la source de tout le christianisme issu des Apôtres : source dont
les eaux salutaires sont transmises ensuite par deux voies diffé-
rentes, les Écritures et les traditions. Nous voudrions développer
deux points particulièrement notables de cette idée d'Évangile :
son caractère de source et la dualité, dans cet Évangile, d'un
aspect noétique et d'un aspect dynamique d'efficacité pour le
salut.
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