LA TRADITION ET LES TRADITIONS
Car par la loi vient la connaissance du péché (Rm, 3, 20), mais par le
Verbe est donnée la vie et accordé le pardon des péchés 125..
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Ainsi trouvons-nous chez S. Hippolyte une première typo-
logie baptismale, celle du Paradis. L'Église était un nouveau
Paradis avec, en son centre, le véritable arbre de vie qu'on
identifiera bientôt avec la croix. Le fleuve qui la féconde était
le Christ, arrivant aux fidèles partagé en quatre courants dans
l'Évangile tétramorphe 126. Ce fleuve d'eau vive est sorti du corps
du Christ, selon ce qu'il avait lui-même annoncé (Jn, 7, 38) et
que S. Jean nous montre se réaliser typiquement sur la croix,
quand le coup de lance a ouvert, au flanc du Seigneur, une source
d'eau et de sang (19, 34) 127. Irénée, Hippolyte, et avant eux déjà
Justin et le Ps.-Barnabé, connaissent évidemment l'application
au Christ du texte de l'Exode (17, 1-7; cf. Nb., 20, 2-13; Ps., 48,
21-22; 78, 16, 20; 105, 41) sur le rocher d'où Moïse avait fait
jaillir une source. Comment l'eussent-ils ignoré, puisqu'elle était
accréditée par S. Paul (1 Co., 10, 4)? Voici ce qu'écrivait
S. Irénée : « Le rocher, c'est lui; et il a produit douze sources,
c'est-à-dire la doctrine des douze Apôtres 128. »
S. Cyprien connaît les deux typologies que nous venons de
reconnaître : la typologie paradisiaque qui est, chez Hippolyte,
tout ensemble une typologie du baptême et une typologie des
Évangiles 129, et la typologie de l'eau jaillie du rocher, c'est-à-dire
du côté du Christ percé par la lance 130
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Notons ici que, chez Hippolyte, les quatre fleuves d'eau vive
qui sortent du corps du Christ sont les Évangiles 131, chez
S. Cyprien également, mais ce qui est mis en rapport avec le côté
ouvert, c'est le baptême, non les Évangiles. Par contre, un poème
contre Marcion, faussement attribué à Tertullien, voit proba-
blement le baptême, mais surtout et expressément les quatre
Évangiles, couler du sein du Christ comme de leur source 132.
A partir de Constantin, les représentations plastiques des
quatre Évangiles comme fleuves du Paradis sortant du Christ
alternent avec les textes. Un bon nombre de ces représentations,
ou encore d'inscriptions, se trouvent dans des baptistères 133, ou
unissent le thème des quatre fleuves et celui du baptême 184.
Parfois, l'évocation des quatre Évangiles est expressément asso-
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