LA TRADITION ET LES TRADITIONS
aussi bien, par laquelle se réalise l'Église comme cette expansion
du Christ et des Apôtres dont nous avons parlé. La traditio noé-
tique de la foi s'achevait dans une traditio réelle de la vie nou-
velle de Jésus-Christ dans les eaux dont il est la Source. L'en-
seignement reçu et professé par le catéchumène devenait sa vie
dans et par le sacrement, qui achevait et scellait la foi dans l'âme.
« Dant regnatricem flumina sancta fidem », dit une inscription de
S. Laurent in Damaso 139. La traditio se consommait dans la
(re)generatio. Sa communication comme connaissance et comme
loi s'achevait dans un don de la vie. C'est ce que suggère avec
autant de profondeur que de sobriété le texte de saint Hippolyte
que nous avons cité (cf. n. 125).
Il y avait deux arbres dans le Paradis, l'arbre de la connais-
sance et l'arbre de la vie. Le baptême, réouverture du Paradis,
était successivement et conjointement communication de la loi
(traditio legis), par laquelle nous vient la connaissance du péché,
et communication du Verbe en laquelle nous sont donnés le par-
don du péché et la vie. Il est clair que tout cela est de grande
conséquence pour l'idée que nous pouvons nous faire de la Tra-
dition. Elle n'est pas seulement noétique, mais réelle. Elle est
tradition du salut, de la vie chrétienne, de la réalité de l'alliance.
Nous croyons que, par la suite, la notion s'est quelque peu
rétrécie en s'intellectualisant. C'est là un processus qu'on peut
suivre dans les catégories apparentées de Fides et de Fidelis 140.
Sans doute le fait est-il sensible dans un texte comme celui-ci,
du début du xe siècle : «Per hoc signatur nobis evangelium,
quod est fons et summa fidei nostrae » La notion d'Évan-
gile est ici surtout noétique. Il s'en faut cependant de beaucoup
qu'on ait dès lors méconnu sa valeur dynamique totale, opéra-
tion de salut, qu'exprime, par exemple, plus d'un texte de Tho-
mas d'Aquin.
141
...
2º Aspect noétique et aspect dynamique de l' « Évangile ».
L'Évangile est présent comme promesse dans l'Ancien Tes-
tament (cf. supra, n. 110). En lui-même, il est l'annonce joyeuse
du Christ advenu, du salut actuellement offert 142.
Il réunit, comme tel, les deux valeurs de révélation de Dieu
50
