ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
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et de puissance de salut, un moment noétique et un moment
dynamique. Les deux sont si étroitement liés que, souvent, dans
les textes du christianisme primitif, le salut est vu déjà dans la
connaissance de Dieu. C'est que la Parole fait connaître et opère
en même temps 143. Dabar, parole, vient d'une racine qui signi-
fie : être derrière, avec une nuance de quelque chose de caché
et qui va être poussé en avant. La Parole est acte en même temps
que manifestation ou énoncé, elle opère en ceux qui croient
(1 Th, 2, 13). « Je ne rougis pas de l'Evangile : il est une force
de Dieu pour le salut de tout homme croyant 144. »
Évidemment, la Parole de Dieu n'est tout cela que si elle est
acte de Dieu. C'est ici que s'inscrit la vérité de l'actualisme de
Dieu dont la théologie barthienne est l'affirmation conséquente
et systématisée. Le texte de la Bible ou de l'Évangile est bien un
produit de l'action révélatrice de Dieu en tant qu'elle a été un
fait historique : il n'est pas par lui-même, et pris en sa matéria-
lité, opération ou acte actuel de Dieu. Plutôt que K. Barth, nous
invoquerons ici Origène, et tant de témoignages patristiques
après le sien 145. La Parole de Dieu, c'est le Verbe-Dieu lui-
même. Écriture, parole prêchée - nous ajouterons : sacrements,
traditions ne sont que des moyens par lesquels la Parole de
Dieu révèle et agit, des lieux en lesquels le Verbe de Dieu, c'est-
à-dire la Personne vivante du Verbe, est venu et ne cesse de
venir. Le Verbe, c'est désormais Jésus-Christ. Jésus-Christ ne
venait pas en tant qu'Incarné dans les prophètes de l'Ancien
Testament, mais c'était déjà le Verbe, et nous ne trouvons la
vie dans leurs écrits que si nous y cherchons et lisons Jésus-
Christ. Mieux : si Jésus-Christ lui-même y vient et nous les
lit 146. C'est de cette façon que l'Évangile se trouve dans les Écri-
tures de l'Ancien Testament.
Incontestablement, la notion d'Évangile, invoquée par le concile
de Trente dans son décret sur les Écritures et les traditions apos-
toliques, a pour référence réelle, sinon explicite, le début de
l'Épître aux Romains (1, 1-6, 15-17): S. Paul parle de l'Évan-
gile annoncé par les prophètes dans les saintes Écritures, dont
le contenu est Jésus-Christ, Fils de Dieu, né, mort, ressuscité
et glorifié, et qui est une force de Dieu pour le salut de tout
homme croyant. Pourtant, dans cette notion paulinienne d'Évan-
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