LA TRADITION ET LES TRADITIONS
gile, le concile envisage, en cet endroit, non le moment d'effi-
cacité mais celui de révélation et de déclaration. S'il est la source
et l'objet de la foi, celle-ci est de même envisagée ici comme
connaissance, non formellement comme principe de justification
et de vie divine 147. Cet Évangile est source de toute détermina-
tion de vérité et de comportement dans le christianisme.
Le concile de Trente a été l'œuvre d'hommes formés dans
l'esprit analytique et formel de la scolastique. Cela se marque
dans la vigueur de ses textes. Pas plus que la scolastique il ne
parle des choses globalement, mais, en chaque endroit, sous l'as-
pect formel qui convient. Mais pas plus que le premier concile
du Vatican 148, il n'ignore que la foi comporte un aspect de
connaissance et un aspect de principe de justification et de vie
éternelle. La notion d'Évangile-Source qu'il met en œuvre est
vraiment celle de S. Paul et de la Tradition, mais ce qui en
est dit au chapitre des livres canoniques doit être complété par
ce qui est dit : 1º par le concile de Trente lui-même au chapitre
de la justification ou de la conversion 149. N'est-il pas remar-
quable que le Christ y soit présenté comme « Fons omnis justi-
tiae »? 2º Par le premier concile du Vatican, dans l'un ou l'autre
des deux seuls articles qu'il ait abordés, celui de la foi et celui
de l'Église. D'une part, en effet, il définit la foi comme l'accueil
de la Révélation à cause de son principe d'origine constitué par
Dieu lui-même se dévoilant 150: par l'acte de Dieu, actuellement
agi à notre bénéfice et qui est, en nous, l'appui et le motif der-
nier de notre adhésion. D'autre part, il définit l'Église comme
le service institué par le Christ, Pasteur éternel et évêque de nos
âmes, «<ut salutiferum redemptionis opus perenne redderet »,
pour rendre coextensif et présent à toute la durée du monde
l'acte par lequel il nous a sauvés et rachetés.
L'Évangile comme puissance opérant le salut par le moyen
de la foi prise en son moment de principe de vie, c'est ce «< salu-
tiferum redemptionis opus ». La notion néotestamentaire d'Évan-
gile, celle que mettent en œuvre les textes et les symboles que
nous avons recueillis chez les Pères, dans la liturgie baptis-
male, dans l'art chrétien ancien, prend « Évangile » dans toute
sa compréhension, comme source de toute la vie chrétienne :
connaissance, régénération, comportement, éthique, sainteté. Si
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