ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
cet Évangile est transmis, la « tradition » dont il sera le contenu
sera tradition du christianisme lui-même, de l'« opus redemp-
tionis salutiferum ». Cette notion de « tradition » est évidem-
ment authentique. Nous la retrouverons plus loin. Le concile
de Trente, dans son décret, en présente une plus limitée. Il
prend << Évangile » comme la déclaration du salut sous son aspect
de vérité et de règle; cet Évangile est la source de tout ce dont
les chrétiens doivent vivre au plan des vérités et des règles, et
qui leur est transmis depuis les Apôtres, soit par la voie de leurs
écrits, soit par celle de traditions non écrites.
Quelle est l'originalité de chacun de ces deux modes de trans-
mission? Nous envisagerons cette question dès le paragraphe
suivant en ce qui concerne l'Écriture, dans un chapitre ultérieur
en ce qui concerne les traditions.
TRADITION, ÉCRITURE, TRADITIONS
DIGNITÉ DE L'ÉCRITURE
Il existe une transmission de la totalité du christianisme, en
tout cas de ses déterminations objectives. Cette transmission
peut être appelée « tradition ». Certains auteurs ont donné une
telle extension au mot. En ce sens, la tradition englobe les sacre-
ments et les Écritures.
Si l'on s'en tient à la déclaration, à la transmission du message
évangélique, il y a eu d'abord, c'est bien certain, une transmis-
sion purement orale de la vérité salutaire (sacra doctrina). Jésus
n'a rien écrit : le fait vaut la peine qu'on réfléchisse à sa signi-
fication 151.
Jésus a tout communiqué à ses Apôtres, mais rien par voie
d'écrit. Les Apôtres eux-mêmes ont d'abord construit l'Église
par la communication la plus totale de l'Évangile, par des paroles
et par l'action, par la prédication et par l'exemple, par l'exercice
de l'autorité et par l'organisation : pas par écrit. C'est un point
sur lequel ont beaucoup insisté les apologistes catholiques en
face de la Réforme : l'Évangile a existé tout entier avant les
évangiles et les épîtres 152. Ils en ont beaucoup appelé à l'idée
d'évangile écrit dans les cœurs (cf. 2 Co., 3, 3) : dans le cœur
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