ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
fois liés et opposés, ou du moins différenciés. Le mot tradition
recevait ainsi un sens plus étroit et plus formel.
Même alors, << tradition »> comprenait beaucoup de choses. Pas
seulement des vérités communiquées de bouche à oreille. Pas
principalement cela, peut-on même dire, car il y a, dans cette
idée, quelque chose d'assez chimérique. Que pourrait bien être,
concrètement, un énoncé doctrinal communiqué ainsi pendant
des siècles? Sur quel fait, sur quelle vraisemblance s'appuierait-
on pour arguer d'une telle transmission sans aucune publicité
en faveur de n'importe quel point de doctrine? Au surplus, nous
l'avons vu (E. H., p. 75 et n. 63, p. 112), les Pères de l'Église
ancienne ont affirmé, avec une égale force, et que les Apôtres
ont tout connu, et qu'ils ont tout communiqué. Mais s'il n'y a
pas eu une telle susurration secrète, que tout rend invraisem-
blable, il y a eu bien d'autres choses communiquées et bien
d'autres moyens de communication, que les écrits.
Il y a eu l'enseignement oral public portant principalement,
quant à son contenu, sur le sens christologique et ecclésial du
témoignage consigné dans les Écritures de l'Ancien Testament
touchant le plan de salut de Dieu (cf. infra, ch. V). Il y a eu les
sacrements: et non seulement la nue réalité, la substance dog-
matique de ceux que le Seigneur avait institués ou indiqués,
mais le fait même de leur célébration par les Apôtres : la façon
dont ils ont procédé, peut-être sur une indication expresse du
Seigneur, ou pour l'avoir vu faire ainsi, ou encore par fidélité à
des gestes toujours valables de l'ancien Peuple de Dieu (les
<< saints» de Judée). Il y a eu tout, de ce que les Apôtres ont
déterminé ou disposé pour répondre aux requêtes du temps ou
des circonstances (cf. 1 Co., II, 34, etc.) et qui est resté, après
eux, comme une règle. Des coutumes se sont établies ainsi;
d'autres ont été créées par les disciples des Apôtres, puis par
l'Église au cours de son histoire...
Une distinction et un vocabulaire tendent à devenir classiques
dans la théologie catholique : la distinction entre la Tradition et
les traditions 160, G. Söhngen la rapproche d'autres usages diffé-
rentiels du singulier et du pluriel : la Loi et les lois, la Promesse
et les promesses, le Péché et les péchés 161; peut-être pourrait-on
ajouter la Révélation et les révélations, la Conversion et
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