ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
qui guide les fidèles pour qu'ils gardent le dépôt et en com-
prennent le sens « (Spiritus Sanctus) qui nunc quoque cordibus
fidelium suis praesidet institutis ut ea omnes et obedienter cus-
todiant et semper intelligant 166 ».
Les grands Scolastiques ont une position analogue sur des
points plus importants encore, de portée pleinement dogmatique.
Citons-en trois ou quatre tout à fait majeurs : a) L'origine apos-
tolique du Symbole. S. Thomas d'Aquin, par exemple, l'admet,
comme fait tout le moyen âge (supra, p. 26-27, n. 65, 67), mais il
en attribue la publication à l'Église 167. b) L'institution des sacre-
ments. C'est S. Bonaventure qu'il est bien instructif d'interroger
ici 168. Il est des sacrements tels que la confirmation et l'extrême-
onction, que le Christ, pense-t-il, n'a institués que dans leur
principe, d'autres comme la confession, qu'il a instituée « insi-
nuando et auctoritatem dando... ». c) L'institution de la pri-
mauté romaine. Les textes abondent (nous en avons recueilli des
dizaines) qui, affirmant qu'elle vient du Seigneur lui-même à tra-
vers l'apôtre Pierre, attribuent cependant une part de décision
à diverses sources historiques : conciles, empereurs, situation de
Rome, etc.
L'important est de noter que le moyen âge et les Pères n'éprou-
vaient aucune difficulté à conjoindre l'absolu de l'institution
divine ou apostolique et le relatif des déterminations historiques.
Ils ne voyaient pas de coupure entre le moment de l'Incarnation
ou des Apôtres, au niveau duquel joue la grâce de révélation ou
de fondation, et un moment quelconque d'histoire ecclésiale, où
joue une grâce de fidélité vivante, donc aussi d'explication ou de
développement, qui émane du même Esprit-Saint. Étrange phé-
nomène : c'est au moment où la théologie catholique pouvait
enfin disposer des ressources des disciplines historiques qu'elle
s'est mise à défendre des positions de moindre historicité... C'est
qu'elle se déployait dès lors sous l'aiguillon de la polémique.
Dès maintenant, notons bien que, dans le décret du concile
de Trente sur Écriture et traditions, la fidélité à tenir les tradi-
tions apostoliques non écrites se situe dans le cadre d'une totale
fidélité à garder l'héritage apostolique. Dès qu'elle s'est trouvée
en présence d'une prétention de n'admettre que la seule Écriture,
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