LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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l'Église a frémi, craignant qu'on ne lui ravisse une moitié de
l'héritage des Apôtres 169, non en valeurs quantitatives, mais
quant aux voies par lesquelles cet héritage lui parvient d'âge en
âge. Il est possible, en effet, que les théologiens, au moment du
concile et après lui, aient entendu la distinction entre Écriture et
traditions apostoliques au sens d'une distinction entre deux lots
d'objets contenus respectivement dans une corbeille A et une
corbeille B; mais ce n'est pas cela que le texte du décret pro-
nonce. Il dit que rejeter ou mépriser les traditions apostoliques
revient à négliger une des deux voies, un des deux modes, par
lesquels nous parvient, dans sa plénitude, l'héritage des Apôtres.
Dignité propre de l'Écriture en tant que texte écrit.
La question est à voir dans la perspective du présent chapitre.
Il s'agit, disions-nous en le commençant, d'assurer l'identité
d'un dépôt infiniment riche, en la profession et par la vertu
duquel une multitude innombrable d'hommes doit être sauvée
dans toutes les régions de la terre et à travers toutes les généra-
tions. Il s'agit, pour la conscience de l'Église, de vaincre l'espace
et le temps, facteurs éventuels de dégradation, voire de désin-
tégration.
La transmission non écrite offre de très certains avantages:
1º Elle permet la plénitude, que le texte risque de contracter
dans les limites de son énoncé clair. 2º Elle est, de soi, commu-
nautaire, alors que le texte permet un contact immédiat et peut
être lu par un individu en son particulier; ainsi elle répond, par
son statut même, au régime et aux exigences de l'Église en tant
que communion. D'autant que cette communion n'est pas une
société de pensée, mais une communion de vie surnaturelle, qui
communique sa substance la meilleure, non par voie d'enseigne-
ment intellectuel seulement, mais aussi par celle d'une célébra-
tion des mystères du salut en leur réalité.
Pourtant, le texte écrit présente d'autres avantages et il a une
dignité propre qui, de tout temps et partout, a valu au livre une
sorte de respect et même de vénération religieuse 170.
S'agissant de l'Écriture sainte, une dignité et valeur absolues
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