LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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Pères anciens 2. On en distingue ce que, depuis Schrader et
surtout Franzelin, on appelle la « tradition active ». On entend
par là l'acte de transmettre formellement considéré. Cet acte du
sujet vivant a pour contenu la tradition au sens objectif. C'est
même, selon nous, une bonne raison de tenir au premier sens,
en quelque sorte sans frontières, de « tradition ». Car la notion de
tradition active s'applique toujours à la totalité de ce qu'a reçu
l'Église dans le dépôt apostolique : qui oserait dire qu'elle ne
transmette pas les Écritures canoniques? Dès lors, ne faut-il pas
les inclure dans la tradition au sens premier et large du mot, au
nom de la correspondance entre tradition passive et tradition
active 3? Du reste, il faut éviter, en parlant ainsi, de se repré-
senter deux traditions; on ne désigne par là que deux aspects
d'une unique tradition, dont l'un implique l'existence de l'autre,
et réciproquement. Il n'existe ni acte sans contenu ni contenu
sans transmission active.
3º Cependant, une précision s'impose, à partir de ce qui carac-
térise formellement la tradition. Elle comporte dans son contenu,
tel que nous l'avons envisagé jusqu'ici, des réalités qui ont une
existence objective indépendamment du sujet vivant qui les
transmet. C'est le cas de tous les monuments de la tradition : les
monuments figurés, mais surtout les écrits.
Par « écrits »> nous entendons tous les textes. Ils ont, comme
tels, une existence objective et sont leur propre «< sujet »> en tant
même que textes écrits. Ils subsistent en eux-mêmes, nonobstant
le fait qu'ils ne suffisent pas, par soi seuls, à faire discerner leur
valeur d'authentiques témoignages portés à la pensée de Dieu.
Nous reviendrons dans un instant sur ce point.
Il résulte de ce fait que ce qui, dans le contenu total de la tra-
dition, est texte vérifie imparfaitement le caractère propre de la
tradition, qui est d'être une transmission de personne à per-
sonne, nécessitant un sujet vivant. S'il s'agit de la transmission
du dépôt apostolique, cette remarque s'applique évidemment
aux écrits apostoliques 4. De là vient que si, en prenant la tradi-
tion dans toute son extension, on y englobe les écrits (nº 1), on
peut aussi la prendre en un sens, non seulement plus étroit, puis-
qu'il est moins extensif, mais plus précis, puisque la restriction
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