ESSAI DE CLARIFICATION DE LA NOTION DE TRADITION
qu'on lui fait subir s'inspire ou se réclame d'un élément formel
du concept de tradition.
En ce sens restreint, la tradition objective se définit par dis-
tinction d'avec l'Écriture et en opposition à elle : elle est ce qui
est transmis autrement que par écrit, au moins originairement.
Nous ajoutons cette restriction, car ce qui a d'abord été transmis
autrement que par écrit peut être rédigé par la suite, au moins en
partie. Ou bien la tradition est, dans l'acte de transmettre (sens
actif), ce qui se fait par un autre moyen, et donc selon un autre
mode, que celui de l'écriture.
La controverse du xvie siècle a donné une prépondérance à ce
sens restreint de « tradition ». Certains le considèrent même
comme seul authentique (ainsi le P. Proulx, cité n. 3), ce qui ne
laisse pas d'avoir de sérieuses conséquences pour l'orientation de
tout un éventuel traité de la tradition. D'une façon générale,
l'esprit peut s'orienter en deux directions, à l'intérieur de cette
acception restreinte du mot. Soit en considérant la tradition
comme ce qui est transmis autrement que par l'écriture. On s'at-
tache alors au mode de la transmission; on n'introduit a priori
aucune limite dans les objets transmis. C'est dans ce sens qu'avec
bien d'autres auteurs contemporains 5, nous nous engagerons.
Soit en considérant les objets ou le contenu matériel: la tradition
est alors la partie des institutions et des doctrines non consignée
dans les Écritures. Ce sens, qui s'annonce chez les Pères du
Ive siècle (S. Basile, etc.), est celui qui prévaut dans l'interpré-
tation du texte du concile de Trente, « in libris scriptis et sine
scripto traditionibus 6 » entendu dans le sens, non de deux canaux
ou deux modes, mais de deux sources dont l'une apporterait un
contenu d'objets que l'autre ne fournirait pas. Mais J. R. Gei-
selmann et Ed. Ortigues ont bien montré que cette interprétation,
non seulement ne s'impose pas, mais qu'elle force le texte dans
un sens qui n'est pas celui qui découle de sa construction même.
La distinction que nous avons faite entre une notion première
et formelle, mais large, de tradition (nº 1) et une notion formelle
plus restreinte (nº 3), est bien connue des théologiens 7. Elle est
supposée par certains textes du magistère. Le plus souvent,
cependant, celui-ci parle, soit de Tradition en un sens cumulatif
incluant sans distinction tradition active et tradition passive,
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