LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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monuments qui rentrent à mesure, s'ils en sont dignes, dans le
développement de la tradition objective, d'une façon analogue,
bien que non tout à fait comparable, à ce qu'est devenue la tra-
dition apostolique écrite à l'égard de la première tradition apos-
tolique orale.
2º Tradition objective.
A) Au sens total.
Il s'agit
B) Au sens restreint : a) Écrits ou autres monuments.
des expressions de tout ce qui s'accumule, dans l'Histoire, d'expli-
cations relatives au christianisme, c'est-à-dire à la Révélation ou
à l'Évangile, qui nous sont accessibles dans les témoignages por-
tés par les prophètes et les Apôtres aux faits de Révélation, et
suprêmement à Jésus-Christ et à son œuvre. Il y a les charismes
hiérarchiques, liés à la mission; il y a les charismes donnés libre-
ment à ces chrétiens innombrables qui, au cours de l'Histoire,
ont apporté leur part au développement de la tradition. Il s'opère
ainsi une croissance, une sorte de thésaurisation, qui laisse des
monuments et surtout des écrits, grâce auxquels nous y avons
accès. La tradition n'est pas un capital stérile mécaniquement
conservé elle connaît un développement, un déploiement, par
lesquels elle s'enrichit du dedans, sans ajoute extérieure. Nous
avons vu comment la tradition active, surtout si on la prend
comme acte du magistère, surveille, contrôle, approuve, rejette
ou corrige, le matériel très divers qui se propose ainsi au fil du
temps. On sait à la fois la valeur et la manipulation délicate des
critères de l'Unanimis Patrum consensus et du « Canon lérinien » :
« Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est 20. >>
b) Tradition pure, non écrite. Elle a forcément un certain
corps, fait des gestes de la fidélité chrétienne, mais elle dépasse
de beaucoup son corps. C'est un esprit; on n'a pas trouvé de
meilleure comparaison que celle de la conscience dans la vie
d'une personne. Finalement, c'est la continuité de la foi de
l'Église (au sens le plus total du mot « foi »), assurée par la pré-
sence du Saint-Esprit en elle. C'est ainsi qu'en parlent Möhler
et ceux qui se sont inspirés de lui ou des mêmes pensées que les
siennes 21. C'est ce que, tant et tant de fois, on a appelé « l'Évan-
gile écrit dans les cœurs », ou encore la loi nouvelle, imprimée,
non sur du papier avec de l'encre, mais par l'Esprit Saint dans
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