ESSAI DE CLARIFICATION DE LA NOTION DE TRADITION
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les cœurs 22. Ou encore le sens catholique, le sens de la foi 28.
On l'envisage ainsi en son état subjectif. Ce qui lui correspond,
au plan objectif, c'est l'homogénéité du développement et l'una-
nimité ou la communion à laquelle on a déjà fait allusion.
Le résultat en est une certaine intelligence authentique du
dépôt lui-même, et surtout des saintes Écritures qui sont, et de
beaucoup, la partie la plus décisive du dépôt. Si même on pense,
comme nous le faisons pour notre part, que toutes les vérités
nécessaires au salut sont contenues ou au moins insinuées dans
les saintes Écritures, on peut dire que la tradition non écrite
consiste, au point de vue dogmatique, dans la vraie interpréta-
tion des Écritures. C'est sans aucun doute l'idée qu'en avaient
les Pères. Plus précisément, dirions-nous, elle concerne la vérité
du rapport religieux, c'est-à-dire du mystère chrétien réalisé en
Jésus-Christ et dont les Écritures portent témoignage.
Il existe et se constitue ainsi dans l'Église une traditio inter-
pretativa qui, venant de ce sens intérieur dont nous parlons,
finit par s'exprimer, et donc rentre dans ce développement de
la tradition selon sa part écrite, dont il a été question. Avec de
légères variantes dans les étiquettes, on distingue assez souvent,
dans cette tradition, ce qui est simple déclaration de ce que dit
déjà expressément l'Écriture (trad. declarativa), et ce qui est
explication de ce que l'Écriture ne contiendrait qu'implicitement
(trad. inhaesiva) 24. Mais ces distinctions nous semblent avoir
quelque chose d'artificiel : fruit de la controverse avec les pro-
testants, elles distinguent des catégories dans ce qui, à l'état
concret et vivant, est un tout, à savoir l'intelligence ecclésiale
du dépôt apostolique, transmis et vécu de génération en géné-
ration.
7° Tout ce qui est exprimé de la tradition objective, soit apos-
tolique, soit ecclésiastique, représente, au fond, les monuments
de la tradition, entendue au sens total : ce en quoi on la saisit.
L'expression est de Perrone, elle a été reprise et répandue par
Franzelin, dont le traité reste, aujourd'hui encore, un des meil-
leurs et presque un classique sur la difficile question de la tra-
dition.
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