LE SUJET DE LA TRADITION
rieur d'un peuple élu dont le génie humain et religieux est entré
dans le don même que, par eux, Dieu faisait au monde. De plus,
la nécessité de discerner, puis de conserver et de transmettre, et
même d'interpréter, les Écritures canoniques montre qu'on ne
peut pas exclure l'Église de la constitution, pour les siècles, de la
tradition fondamentale elle-même. L'Église, disons-nous : il
faut lui adjoindre la Synagogue, cette Église d'avant l'Église.
Aussi quand la question s'est posée au début du XVIIe siècle, les
théologiens catholiques ont-ils, dans leur ensemble, attribué à
la Synagogue le charisme d'indéfectibilité, et parfois même celui
d'infaillibilité 4.
Les mêmes questions se posent s'il s'agit du Nouveau Testa-
ment. On sait mieux, de plus, depuis l'école de l'Histoire des
Formes, que les écrits apostoliques et même les lettres de S. Paul
ne peuvent être isolés de la communauté des croyants. Celle-ci
ne les a pas reçus seulement, elle les a, d'une certaine façon, pro-
duits. En sorte que le sujet de la transmission de la Tradition
n'est pas totalement exclu de l'activité qui la constitue. Quelques-
uns ont été choisis, mais pas isolés de tous les autres: un peu
comme l'existence d'un sacerdoce public, commis à quelques-
uns, n'a empêché, ni en Israël ni dans l'Église, la qualité sacer-
dotale de tout le peuple.
Pourtant, si l'on ne peut exclure totalement du moment cons-
titutif lui-même le sujet de la conservation, de l'interprétation
et de la transmission, les deux moments de constitution et de
transmission restent distincts. Certains théologiens catholiques
ont bien parfois noté qu'on pourrait entendre l'Église au sens
où elle inclut les Apôtres comme une partie d'elle-même 5. A ce
compte-là, il faut dire que l'Église est, purement et simplement,
le sujet de la Tradition. Tout le monde, cependant, admet que
l'Église post-apostolique ne jouit plus des charismes de ses
Apôtres fondateurs, et même qu'à son origine elle a possédé ces
charismes, non en tant qu'Église mais en tant qu'ayant au milieu
d'elle les Apôtres. Il faut donc distinguer, sans séparer ni oppo-
ser. Les « prophètes » au sens que nous avons dit représentent
un grand nombre d'hommes différents, dont l'identité nous est
bien souvent inconnue et qui se répartissent sur près d'un millé-
naire. Nous sommes loin de bien connaître tous les « Apôtres >>>
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