LE SUJET DE LA TRADITION
ressources nécessaires pour l'accomplir: pouvoir, autorité, grâce.
Telle est la situation des Apôtres aux origines de l'Église, puis
des ministres institués par eux pour présider les communautés
et les << paître »; enfin, des ministres hiérarchiques dans l'Église.
Les textes sont bien connus, les faits bien établis. Nous cher-
chons seulement à en saisir le sens relativement à notre sujet.
Tout se met en place si l'on applique une distinction, au fond
traditionnelle, heureusement formulée par Scheeben 47, entre gar-
der ou transmettre simplement un enseignement, et le définir
comme une règle ayant valeur de loi expresse. Tout le corps
garde la Tradition, et d'abord en vivant sa fidélité, comme nous
le verrons dans le chapitre suivant; tous les fidèles sont appelés
à témoigner. A l'intérieur, déjà, de la conservation et de la trans-
mission du dépôt, quelques-uns ont, en raison des circonstances,
des dons particuliers reçus, en raison, éventuellement, d'une
fonction d'enseignement librement assumée, puis sanctionnée et
même conférée par l'autorité, un rôle qualifié : c'est le cas des
théologiens. Cela a été le cas historique des Pères, génies et
saints appelés à préciser les traits du visage de l'Église à un
moment où il se formait comme à son époque classique, par la
doctrine précisée contre des hérésies fondamentales, dans les
conciles, par la liturgie, la discipline pastorale, etc. Au surplus,
la plupart des Pères ont été évêques, même lorsqu'ils venaient
de la vie religieuse.
La définition de la Tradition, soit par la promulgation de son
sens, soit par sa fixation en «< dogmes » proprement dits, c'est-
à-dire en règles de croyance ayant une valeur de loi, a toujours été
le fait des évêques et s'est traditionnellement exercée de façon
solennelle dans les conciles. Dans les conciles, la communion de
toute l'Église se traduit dans la communion des évêques, son
unanimité dans l'unanimité des évêques, sa conscience par la
conscience des évêques. Ils y sont les « juges de la foi », ils y
définissent.
Cette distinction des actes permet d'attribuer à tous les fidèles
la part qui leur revient sans porter atteinte à la fonction et aux
privilèges hiérarchiques. C'est faute de l'avoir eue présente à
l'esprit que certains, pour bien maintenir cette fonction et ces
privilèges, ont réduit les laïcs à un rôle purement passif ou ont
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