LA TRADITION ET LES TRADITIONS
croire. Est-il possible d'aller plus loin? On peut, nous semble-t-il,
tenir cette thèse minima commune, soit dans une perspective
dominée par l'affirmation du privilège hiérarchique, soit dans
une perspective plus favorable aux ressources chrétiennes que
possèdent les laïcs. Dans le premier cas, on parle pour les fidèles
d'infaillibilité passive, et l'on entend par là l'infaillibilité qui leur
revient parce qu'ils sont dociles, qu'ils sont disposés par la grâce
de Dieu à être dociles envers le magistère qui a, lui, une infailli-
bilité active. L'infaillibilité des fidèles n'est ici que le corrélatif
de la seule valeur originale et positive qu'est l'infaillibilité du
magistère dans son acte de magistère 64.
Cette façon de présenter les choses traduit des vérités très cer-
taines. Il est vrai que la foi des fidèles est reçue, objectivement
déterminée par la prédication de ceux qui forment un seul corps
d'envoyés depuis les Apôtres. Leur sens intime de la foi n'a pas
d'autonomie par rapport à la prédication de celle-ci, qui est ori-
ginairement un acte de la mission hiérarchique. C'est après un
moment d'obéissance (antérieur d'une antériorité logique ou de
nature) et sur la base ainsi reçue que les fidèles peuvent être
actifs pour transmettre, développer et rayonner la foi : « M'étant
fait disciple des Apôtres, je deviens docteur des peuples », dit
l'auteur de l'Épitre à Diognète 65. Il est également vrai que, si
l'on considère la Tradition en son état le plus formel qui est celui
de règle, norme, loi ou « dogme », le magistère seul en est le
sujet propre. Dire cela, c'est simplement dire que les laïcs n'ont
pas d'autorité publique d'enseignement, ce qui est affirmé par
toute la tradition chrétienne orthodoxe. En ce sens-là il est vrai
que toute valeur du corps des fidèles comme témoin de la Tra-
dition est dérivée du magistère.
Dans cette perspective, cependant, on n'exprime pas toutes les
valeurs dont il convient de tenir compte. Outre qu'on apparaît
excessivement dominé par l'idée d' « infaillibilité », on ne peut
tout ramener aux énoncés susdits qu'en forçant les textes du
Nouveau Testament à rentrer dans un cadre trop étroit pour eux.
Il n'est que de voir le sujet vaudrait une recherche métho-
dique - le sort fait chez les théologiens ou apologètes à des
textes comme 1 Jn, 20, 2-27 : « Quant à vous, vous avez reçu
l'onction venant du Saint et tous vous possédez la science (...).
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