LE SUJET DE LA TRADITION
Quant à vous, l'onction que vous avez reçue de lui demeure en
vous et vous n'avez pas besoin qu'on vous enseigne. Mais puisque
son onction vous instruit de tout 66... ». Le cas des plus antipro-
testants parmi nos apologistes nous rappelle celui de quelques
théologiens ramenant le titre sacerdotal des fidèles, dont parle
le Nouveau Testament, à leur soumission et union au sacerdoce
des prêtres du ministère public 67.
Ce qu'il faut ajouter à la thèse commune, c'est que le fait
d'être dépendant du magistère hiérarchique pour recevoir les
déterminations objectives de la foi n'empêche pas les fidèles
d'être un sujet irréductible au magistère, ou, comme on dit
(depuis quand?) à l'Église enseignante. La plante semée a ses
racines propres, en un terrain nouveau, original, elle produit des
fruits qui sont les siens. Nous accueillerions en ce sens l'idée
défendue par Newman et à laquelle Scheeben n'est pas demeuré
étranger, selon laquelle le sensus fidelium ne se réduit pas à l'acte
du magistère mais lui ajoute sa valeur propre de témoignage, et,
éventuellement, de développement. Newman pensait qu'il s'opère
ainsi normalement une conspiratio fidelium et pastorum: une
expression, notons-le, qui, peut-être par Perrone, est passée dans
la bulle Ineffabilis Deus dogmatisant l'Immaculée Conception 68.
Newman ajoutait même que l'Église enseignante n'a pas tou-
jours été, dans l'Histoire, l'instrument le plus actif de l'infailli-
bilité : cas de la crise arienne. C'est à l'Histoire à nous dire ce
qu'il en a été; les théologiens ne peuvent que situer les faits dans
une doctrine qui les accueille. Il est probable que la dictinction
de Scheeben trouverait ici une application précieuse. La croyance
(sensus fidei en sens objectif) est finalement déclarée par le magis-
tère 6.
Les actes qu'exercent les fidèles comme sujet corporatif de la
tradition consistent principalement à la garder et à la trans-
mettre. Ils la gardent dans la fidélité, non seulement de la pensée,
mais de l'action chrétienne; leur sens de la foi, c'est leur fidélité
chrétienne, qui garde ce qu'elle a reçu : voir chapitre suivant.
Ils la transmettent : a) par l'enseignement et l'éducation; b) par
le témoignage ou la profession de foi. Par tout cela, ils exercent
la maternité spirituelle de l'Église
a) Les laïcs ont occupé et occupent toujours une grande place
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