LA TRADITION ET LES TRADITIONS
dit. Mais, en elle, les ministres ordonnés dans la suite et la suċ-
cession du ministère apostolique en sont le sujet d'une manière
majeure et particulièrement qualifiée. Aussi accomplissent-ils, à
l'égard de la Tradition, les actes que tous les fidèles produisent,
mais dans des conditions nouvelles, et ils en font aussi d'autres
que les simples fidèles sont inaptes à poser.
Tous les chrétiens gardent le dépôt. Les ministres hiérar-
chiques ont pour cela les charismes afférents à leur charge
pastorale et qui leur sont donnés, d'abord, par le sacrement sacer-
dotal, épiscopal ". Les prêtres vivent de la Tradition, non seu-
lement par des études qui leur en donnent une meilleure connais-
sance, mais par la célébration des mystères. Tous les chrétiens
transmettent le dépôt par l'enseignement et par la confession
ou la profession de la foi. Les ministres hiérarchiques font cela
par l'exercice public de la parole sacrée, par tous les actes et avec
l'autorité du pastorat; ils ne transmettent pas seulement, ils
expliquent authentiquement le sens du dépôt, ils l'interprètent,
ils opèrent avec autorité un discernement dans la luxuriance des
apports de l'Histoire 78. Telle est l'affirmation traditionnelle com-
mune à l'Orient et à l'Occident, comme en témoigne ce texte
d'un théologien Orthodoxe : « Le magistère régulier de l'épisco-
pat ne tient pas son autorité de la multitude des fidèles, il vient
du Chef commun de tout le corps et est transmis par la suc-
cession apostolique. Toutefois, ce n'est qu'une autorité de pro-
clamer, d'identifier et de reconnaître ce qui a été confié à l'Église
entière 79. »
Expliquer davantage ces points relèverait plutôt d'un traité
du magistère. De plus, cet aspect de la question, à coup sûr très
important, se trouve abondamment développé dans les traités
classiques. Il a même été considéré de façon prépondérante,
presque exclusive parfois, par la théologie catholique depuis le
concile de Trente 80. De plus en plus nettement, on a considéré
l'ensemble des témoignages constituant la tradition objective
comme une simple matière, dont seul l'acte du magistère, sa
tradition active, faisait une règle de croyance ou de pratique pour
l'Église. On a cité surabondamment, mais sans se demander ce
qu'il mettait au juste sous ecclesia, le texte fameux de S. Augus-
tin «< Evangelio non crederem nisi me catholicae ecclesiae
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