LA TRADITION ET LES TRADITIONS
mandaté pour communiquer, interpréter, ce témoignage, et qui
s'étend sur toute la durée historique et à travers le monde entier.
C'est pourquoi, considérant la foi dans sa condition existentielle,
S. Thomas en définit le motif lui-même comme étant la Vérité
Première liée aux conditions concrètes en lesquelles Elle a choisi
de se manifester et qui sont les saintes Écritures et l'enseigne-
ment de l'Église 89. Écriture, Église, sont des réalités créées,
mais qui, d'un côté, ayant Dieu pour auteur, se réduisent à la
causalité divine 90, et qui, d'un autre côté, sont de pures condi-
tions de proposition ou de détermination du contenu de ce que
Dieu m'a dit. La règle de l'adhésion, c'est bien son objet et, à
cet égard, nous n'admettons pas la distinction faite par L. Billot
entre objet et règle. Pour S. Thomas, l'esprit n'est fixé que par
l'objet lui-même, tout comme l'action volontaire l'est par le bien,
qui porte en lui-même sa valeur d'obligation º¹. La règle de la foi
est immanente à l'objet de foi; le magistère est normatif pour les
croyants en ce qu'il ne fait que traduire l'objet de foi. L'autorité
de l'Église, qui procède de Dieu, intervient dans le processus de
communication qui va de Dieu à nous, non dans le mouvement
qui va de nous à Dieu et qui est le mouvement théologal de la
foi. Cajetan a défini cette situation ou ce rôle de l'Église : ministra
objecti 92, organe de communication d'un objet qui est la règle
de la foi.
Il faut pourtant situer, dans cette théologie thomiste, la vérité
que traduit, dans ses catégories propres qui varient d'ailleurs
parfois quelque peu de théologien à théologien, le traité moderne
de la Tradition. De par l'institution divine (la mission) et l'as-
sistance du Saint-Esprit, les pasteurs ont, à l'égard de l'Église
sur, dans et pour laquelle ils sont établis, la charge et le privilège
de déterminer avec autorité le contenu et le sens de l'Objet ou
du Dépôt dont ils sont les ministres. Ils ont pour cela, de par
Dieu, charge et mandat, donc aussi l'autorité et les charismes
correspondants. En cela, l'Église n'est pas règle objective de
notre foi, mais critère (extérieur à l'objet, bien qu'homogène à
lui, puisqu'il procède du même auteur) de notre interprétation
de cet objet. Citons une fois de plus ici, comme exprimant bien
la doctrine commune, ce texte de S. François de Sales :
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