LE SUJET DE LA TRADITION
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Ce n'est pas l'Écriture qui a besoin de règle ni de lumière étran-
gère, comme Bèze pense que nous croyons; ce sont nos gloses, nos
conséquences, intelligence, interprétations, conjectures, additions et
autres semblables manèges du cerveau de l'homme, qui ne pouvant
demeurer coi s'embesogne toujours à nouvelles inventions: ni moins
voulons-nous un juge entre Dieu et nous, comme il semble qu'il
veuille inférer en son épître; c'est entre un homme tel que Calvin,
Bèze, Luther, et entre un autre tel qu'Echius, Fisher, Morus; car
nous ne demandons pas si Dieu entend mieux l'Écriture que nous,
mais si Calvin l'entend mieux que S. Augustin ou S. Cyprien 93.
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Il arrive que les pasteurs de l'Église interviennent en ajoutant
à la pure autorité du vrai, c'est-à-dire de la Parole de Dieu — à
l'égard de laquelle ils ne sont que ministri Objecti - une obliga-
tion légale, éventuellement assortie d'une sanction. La déclara-
tion du vrai, à laquelle ils procèdent, prend alors par surcroît
valeur de loi pour la communauté des chrétiens. Elle devient
un dogma. Certes, c'est peu de chose au regard de la vérité comme
telle, qui est la valeur suprême. Ce n'est pas peu de chose au
regard de l'unité de l'Église, qui doit vivre dans l'unanimité de
la croyance et dans la paix : « Ayez tous le même sentiment;
qu'il n'y ait point parmi vous de divisions; soyez bien unis dans
le même esprit et dans la même pensée » (1 Cor, 1, 10).
Par l'aspect où le magistère des pasteurs, c'est-à-dire des chefs
ayant juridiction sur les fidèles, est habilité à imposer comme
une obligation une certaine interprétation ou une certaine façon
de faire, il est donc véritablement règle 4. Même là où il s'agit du
contenu de la Révélation divine ou de l'enseignement aposto-
lique, c'est lui qui leur donne éventuellement forme de règle
canonique pour la communauté des fidèles. On peut donc le dire
règle secondaire à deux titres : 1º parce qu'il interprète le Dépôt
et juge des interprétations proposées dans l'Église; 2º parce qu'il
ajoute éventuellement une valeur légale ou canonique à ce qu'il
communique.
Quand il s'agit de pures lois, rites ou coutumes ecclésiastiques,
ce second titre est seul en jeu. La règle n'est qu'ecclésiastique.
L'Église elle-même en est la source, et donc aussi la maîtresse
et la mesure.
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