LE SUJET DE LA TRADITION
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guère l'enseignement patristique et médiéval sur la communauté
première des biens. On pourrait citer d'autres exemples.
Or la Tradition, tout comme la théologie positive qui en est
une étude technique à l'usage de la science sacrée, cherche à
être une totalisation, une communion aussi pleine que possible
à la foi ou à la pensée de l'ecclesia universalis 95. Pour y parvenir,
ou tout au moins s'y efforcer, les moyens sont à la fois spiri-
tuels et techniques: spirituels, ce sont ceux de la vie dans la
Communion, et par-dessus tout la pratique vivante de la liturgie
dont nous parlerons au chapitre suivant; techniques, ce sont ceux
de la connaissance, donc de l'étude. Nous en avons déjà touché
un mot (cf. ch. I, p. 42-43). Les théologiens n'appartiennent pas
à l' « Église enseignante » au sens dogmatique du mot, mais ils
occupent une place importante dans la fonction enseignante de
l'Église. Ils sont, pour le magistère, des coopérateurs, non sans
doute indispensables, non nécessairement parfaits, mais souvent
très profitables: la plénitude admirable de doctrine qu'on trouve
dans les textes du concile de Trente vient en grande partie de
leur collaboration 96. Leur travail ne remplit pas seulement une
fonction d'alimentation de la conscience dogmatique, mais éga-
lement une très nécessaire fonction critique à l'usage du sens de
l'Église et même, en elle, du magistère : avant, bien sûr, qu'il
ait parlé. Il ne leur revient pas seulement de justifier en Tradi-
tion (au 3e sens du mot) l'enseignement actuel du magistère,
mais aussi d'éclairer la pratique et la parole (non encore fixée
en dogme) actuelles de l'Église à la lumière de cette Tradition.
Le P. d'Alès disait que «<le canon de Lérins est un principe
directeur pour l'Église enseignante elle-même » (D. A. F. C.,
IV, 1753). Tâche parfois délicate 97, qui réclame encore plus de
sens catholique que de courage. La théologie positive est une
plante très difficile à cultiver, car elle doit satisfaire aux exigences
d'une double loyauté : envers la documentation historique et
envers des références de type dogmatique 98. Il en va de même
d'un service qui doit à la fois être historico-critique et tenir
compte de la différence qui existe entre tradition historique et
tradition dogmatique 99.
L'histoire de l'Église en Occident depuis la dernière décennie
du XIIIe siècle a largement conditionné la situation dans laquelle
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