LE SUJET DE LA TRADITION
telle quelle, cette théologie : c'est son élaboration personnelle.
Mais il n'a fait qu'appliquer à la Tradition la théologie patris-
tique du Saint-Esprit âme de l'Église : on dirait, en termes sco-
lastiques, leur théologie du Saint-Esprit, principe opérationnel
du Corps mystique. Möhler voit dans la Tradition ce qui réalise
l'unité de l'Église comme Église issue à la fois de l'enseignement
du Christ et de la Pentecôte : par l'Esprit, la vérité enseignée
par Jésus-Christ s'intériorise et devient, par l'amour, inspira-
tion de communion. L'Esprit crée à la fois, du dedans, l'unité
de la communauté et les organes ou les expressions de son génie,
c'est-à-dire de sa tradition.
Le nerf de toutes ces théologies est l'identité du principe qui
agit dans la durée de l'Église et dans les activités par lesquelles
elle se construit, et du principe qui était à l'œuvre à l'origine,
dans la Révélation des prophètes et des Apôtres, dans l'activité
salutaire du Verbe incarné.
Nous avons vu, chez les Pères (E. H.), et nous verrons mieux
encore (cf. infra, ch. V), que le contenu dogmatique de la Tra-
dition consiste dans la juste interprétation de la Révélation scrip-
turaire en fonction de son objet central, le Christ et l'Église. Or,
d'après le Nouveau Testament, si le Christ est le contenu de
l'Écriture, il nous donne l'intelligence de celle-ci par son Saint-
Esprit. C'est l'Esprit qui fait dire « Jésus est Seigneur » (1 Co,
12, 3); les textes sont obscurs jusqu'à ce qu'on se convertisse
au Seigneur sous l'action de son Saint-Esprit (2 Co, 3, 12-18).
C'est pourquoi sans doute l'Apôtre exhortait Timothée à « gar-
der le bon dépôt avec l'aide de l'Esprit Saint qui habite en nous »
(2 Tm, 1, 14). Les protestants ne se refuseraient sans doute pas
de dire avec nous : l'Esprit est l'âme de la Tradition entendue
en ce grand sens 116.
D'autres textes de S. Paul, et les Actes de S. Luc attribuent
au Saint-Esprit toute la vie de l'Église et l'œuvre de son minis-
tère. Dans ces conditions, il faudrait avoir des raisons bien déci-
sives pour exclure l'Église de la promesse du don de l'Esprit faite
par Notre-Seigneur aux Apôtres dans l'évangile de S. Jean, sous
le prétexte qu'elle n'est expressément adressée qu'à ceux-ci. On
a, au contraire, des raisons, tout en reconnaissant qu'elle concerne
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