LE SUJET DE LA TRADITION
et S. Jean le font beaucoup mieux (voir E. H., p. 24 s.). Le
Christ a prononcé une fois les paroles du saint Évangile; il a,
une fois pour toutes, accompli notre salut et donné sa vie; il a
une fois institué les sacrements et consacré les Apôtres. Il a ainsi
posé ou « dressé » la forme d'existence de son peuple.
Tout cela doit être vécu par des personnes humaines qui se
succèdent dans le temps et coexistent, dispersées, dans l'espace.
La forme de vérité et de vie posée une fois pour toutes, et pour
tous, doit devenir forme de vérité et de vie personnelle, pour cha-
cun des hommes, et forme commune pour tant et tant d'hommes
qui égrènent leur existence à travers la durée et sur tous les
points du monde. Et ceci, non par une pure décision émanant
de ces hommes et qui ne serait, ni un principe d'unité, ni un
principe de vie divine, mais par une nouvelle opération de Dieu
lui-même, non plus incarné visiblement à un moment de l'his-
toire humaine, mais donné intérieurement à chacun et à tous.
C'est l'œuvre du Saint-Esprit.
Esprit, il agit dans l'intime des personnes sans leur faire vio-
lence. L'Écriture caractérise son intervention en la comparant à
une habitation, à une onction pénétrante, à une inspiration inté-
rieure presque indiscernable du travail de notre propre esprit 121,
une conscience qui seule pénètre la profondeur d'une vie per-
sonnelle (1 Co, 2, 10 s.). Et pourtant, il est le même en tous.
Il y opère, du dedans, l'unité et l'unanimité. Il incline chacun
dans le sens de la communion, selon la nature, la vocation et la
place d'un chacun. Ses dons sont faits « pour l'utilité commune »
(1 Co, 12, 7), « pour l'édification du Corps du Christ » (Ép, 4,
12; cf. 1 Co, 12, 13).
Si telle est son œuvre propre, elle n'est pas pour autant une
œuvre autonome. « Esprit du Christ », il ne fait que l'œuvre du
Christ. Il n'actualise ni ne personnalise autre chose que la forme
évangélique de vérité et de vie salutaires que le Christ a posée en
terre et à l'accomplissement de quoi il veille. Il s'en opère ainsi
une perpétuelle actualisation. L'institution bourgeonne en « évé-
nements » qui en produisent les fruits à travers un temps que
l'Esprit domine, participant à l'éternité de Dieu, étant le Dieu
éternel venant à nous et avec nous dans le temps 122. Le Christ,
Chef invisible et céleste de son corps visible et temporel, actua-
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