LE SUJET DE LA TRADITION
Limiter l'infaillibilité n'est d'ailleurs pas plus livrer l'Église à
l'erreur, qu'affirmer le caractère humain de tant d'actes de sa vie
n'est les vouer à l'abomination et au règne de l'Antéchrist.
Cette conception de l'Église a reçu parfois de certains le quali-
ficatif de << théandrique » - un mot qui demande toujours expli-
cation et qu'il vaut mieux éviter; ceux de mystérique ou de sacra-
mentelle lui conviennent mieux, croyons-nous.
Qu'est-ce à dire, «< sacramentelle »? Ed. Ortigues répond :
« L'Église, considérée comme institution apostolique, est essen-
tiellement sacramentelle, c'est-à-dire qu'elle est un témoin qui
porte en lui la présence divine dont il témoigne, un signe qui
contient la réalité signifiée 128. » Cela suppose qu'on ne réduise
pas l'Église à être seulement la collection des vrais fidèles, sup-
posant au fond que ceux-ci seraient faits chrétiens par un rapport
purement personnel et direct au Christ, qui règne désormais
dans les cieux. Cette conception dérivée d'Occam a joué un rôle
dans la préparation de la Réforme. L'idée de congregatio fidelium
a été ainsi malheureusement compromise, sinon disqualifiée,
dans le mauvais usage qui en a été fait.
« Église » ne désigne pas uniquement cela, même dans le Nou-
veau Testament. Elle est aussi le terme de la Promesse ou de
l'Alliance, dont l'Esprit Saint est le contenu souverain 129. Elle
est ce «< nous »> collectif qui fait face au « vous » collectif auquel
Dieu ou le Christ se sont adressés en articulant cette promesse à
jamais 130. Elle est le corps du Christ. C'est cela que le christia-
nisme le plus ancien et celui de tous les âges a mis d'abord sous
le terme << Église 131 ». C'est cela que professaient les fidèles quand
ils étaient baptisés : « Je crois au Saint-Esprit, dans la sainte
Église 132 ».
Cette Église-là est l'arche de l'Alliance nouvelle. Elle possède
les biens de l'Alliance: les sacrements, les ministères aposto-
liques, le dépôt de l'Évangile, la présence active de son Seigneur,
les arrhes de l'Esprit. On ne peut pas parler d'elle comme s'il
n'y avait pas tout cela 133. Cela n'oblige pas à parler d' « Incarna-
tion continuée », comme l'a fait Möhler puis, après lui, Perrone
et tant d'autres (cf. supra, n. 8) : cette notion est un peu équi-
voque et appelle des explications. Nous l'avons dit déjà : il n'y a
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