CHAPITRE IV
Tradition et vie ecclésiale
(La Tradition,
mode original de communication)
Tradition comporte l'idée de confier quelque chose à quel-
qu'un. On trouve en effet cette valeur de confiance que l'écrit
n'implique pas au même degré, étant, de soi, divulgation. Il y a
plus : l'aveu ou l'affirmation que ce que l'on confie ainsi dépasse
ce qui en est exprimable. C'est un trésor, un dépôt, qu'un texte
n'épuise pas et qui ne peut être gardé que dans un sujet vivant.
L'Évangile écrit dans les cœurs déborde le texte rédigé, qui est
pourtant inépuisable. C'est un fait dont les Pères avaient un
sentiment très vif¹. Partant d'un texte de S. Basile, O. Casel
disait que la tradition est caractérisée par le fait de ne pas être
écrit, Nicht-Schrift-sein, à telle enseigne que, dans le cas même
où elle transmet un texte rédigé, l'apport propre de la tradi-
tion reste essentiellement quelque chose de non-écrit, wesenshaft
ungeschrieben 2.
Martin Perez Ayala, le premier qui rédigea un traité formel
sur la tradition, voyait celle-ci comme un autre genre d'ensei-
gnement à côté de l'Écriture 3. Un siècle et demi plus tard, Bos-
suet écrivait, contre Éllies Du Pin et Richard Simon : « La tra-
dition que j'allègue ici comme interprète de la Loi de Dieu est
III
