LA TRADITION ET LES TRADITIONS
une doctrine non écrite venue de Dieu même et conservée dans
les sentiments et la pratique universelle de l'Église 4. »
Nous voudrions, dans ce chapitre, étudier la Tradition en
tant qu'elle est un moyen, et conséquemment un mode de com-
munication différent de l'écriture à telle enseigne que, non
contente de transmettre quelque chose qui n'est pas écrit et
sans doute ne peut pas l'être, elle transmet cela même qui est
écrit d'une façon différente, originale 5. Nous achèverons d'ail-
leurs, dans un chapitre suivant, de préciser la relation existant
entre la Tradition et l'Écriture.
LES FAITS.
Dès notre premier chapitre, nous avons mis la Tradition en
rapport avec cette grande économie divine qui ne commence
pas avec le processus de Révélation, mais ne fait qu'y reprendre
ou continuer ce qui existe de toute éternité dans le sein de Dieu :
« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu,
ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé,
ce que nos mains ont touché du Verbe de vie : car la vie s'est
manifestée, nous l'avons vue, nous en rendons témoignage, et
nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était auprès du Père
et qui nous est apparue; ce que nous avons vu et entendu, nous
vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec
nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec
son Fils Jésus-Christ » (1 Jn, I, 1-3).
C'est une même coulée, une unique communication qui, selon
le message de S. Jean, est à la fois lumière et vie, révélation ou
manifestation, et communion. Du reste, la notion johannique de
vérité unit ces deux aspects. Mais est-ce «< johannique »>, n'est-ce
pas plutôt << biblique » qu'il faut dire? Est vrai ce qui est conforme
à ce que Dieu veut et qu'il a dit. Ce qui est vrai de cette façon
existe et vit en plénitude. Jésus-Christ est la perfection de la
vérité et de la vie pour le monde entier. Dieu lui a donné tout
ce qu'il fallait pour qu'il fût tel- « Tout m'a été remis par
mon père, πάντα μοι παρεδόθη παρὰ τοῦ πατρός μου, et nui ne
connaît le Fils si ce n'est le Père, comme nul ne connaît le Père
si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler »
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