TRADITION ET VIE ECCLÉSIALE
(Mt, 11, 27; Lc, 10, 22) - et cela, pour le donner à l'Église et,
en elle, le donner au monde (cf. Jn, 3, 16). La Tradition chré-
tienne (ou le christianisme comme Tradition) a son origine dans
cette livraison de « tout » que le Père a faite à Jésus-Christ; elle
est elle-même, en son fond le plus intime, la livraison de Jésus-
Christ. « Mes archives, c'est Jésus-Christ », disait S. Ignace d'An-
tioche ". Le fondement dernier du réalisme de la Tradition est
le fait que Dieu a « livré » Jésus-Christ, son Fils (cf. Rm, 8, 31-
32) et que Jésus-Christ s'est « livré » lui-même à nous (Ga, 2,
20; Ép, 5, 2, 25) : il est la Réalité, tout le reste n'en est qu'une
préparation ou une communication, un signe ou un sacrement.
Jésus-Christ lui-même n'a rien laissé par écrit, il nous a laissé
le christianisme : pas des énoncés doctrinaux seulement, mais la
réalité du salut et de la communion, la réalité de la Nouvelle
Alliance. En elle, bien des choses étaient contenues, et donc ont
été pour autant instituées, que peut-être les textes apostoliques,
simples témoignages partiels portés sur la réalité de la Nouvelle
Alliance, n'énoncent pas explicitement, ou énoncent de façon
allusive, implicite ou enveloppée 7. On a discuté, on discute
encore, sur le contenu dogmatique de certains textes touchant
le mystère fondamental de la Rédemption, mais ce n'est pas seu-
lement de ces textes, ce n'est pas tellement d'eux que l'Église
tient sa foi au mystère : elle a vu le Christ en croix, elle ne cesse
de le voir ainsi; c'est là surtout que se sont formées sa foi et
son intelligence de la Rédemption. De même y a-t-il infiniment
plus dans la réalité de l'eucharistie que Jésus a célébrée, que
dans les témoignages portés par le Nouveau Testament sur cette
réalité et sur l'institution même du sacrement. Ce témoignage
tient dans une quarantaine de versets : leur richesse est immense
et les esprits n'ont pas fini de l'inventorier, mais ce n'est qu'un
témoignage, alors que l'Église tient la réalité. Elle a vu célébrer
les Apôtres, qui ont vu le Christ célébrer. Elle a communié à la
célébration des Apôtres, qui ont communié à celle du Christ.
Quand, au lendemain de la Pentecôte, les fidèles pratiquent assi-
dûment la fraction du pain (Ac, 2, 42 et 46), il n'existait encore
aucune charte écrite de l'eucharistie, et celle qui sera rédigée
plus tard se contente de rapporter le fait, d'exprimer la foi de
l'Église, sans préciser une façon de faire. Tandis que l'Ancien
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