TRADITION ET VIE ECCLÉSIALE
Sans doute bien des lecteurs, et pas seulement des protes-
tants, penseront et diront : « Soit, mais n'est-ce pas trop idéal?
Nous savons trop bien ce que vaut une tradition purement orale.
Les exemples de conservation-record que l'on cite ne peuvent
faire oublier celui de Papias, qui a voulu, avant le milieu du
second siècle, recueillir les souvenirs encore vivants de ceux
qui avaient personnellement connu les Apôtres. Ce n'est pas
encourageant. Papias a préféré aux livres la voix vivante et qui
demeure 15, mais il nous a transmis quelques fables dans le peu
qui nous reste de ses Exégèses des discours du Seigneur. »
Il est difficile de juger d'un recueil dont quelques fragments
très brefs seulement nous sont parvenus. Mais surtout, nous ne
parlons pas ici de traditions transmises viva voce, sur lesquelles
il serait assez décevant de compter : nous parlons de perma-
nence de la réalité. Ici même, nous concédons qu'il peut être
assez vite difficile, les années se succédant, de faire le départ,
dans la forme concrète des réalités, entre les apports de l'his-
toire et ce qui vient des Apôtres. Mais ce n'est pas vraiment
de cela, ce n'est pas du détail matériel qu'il s'agit, c'est du sens
intime des choses. Pourtant, sans verser dans un purisme qui
sacrifierait quelque chose de la plénitude à une recherche
assez cérébrale et scolaire de la pureté, nous admettons que
rien n'égale la valeur des écrits apostoliques comme nécessaire
référence critique de notre volonté de fidélité à l'héritage apos-
tolique.
Si ce que nous avons dit jusqu'ici est exact, on comprendra
que l'essentiel de cette fidélité est également réel et que l'exac-
titude des formulations théologiques, pour très importante qu'elle
soit, demeure relativement secondaire. Il est nécessaire de s'y
conformer quand une définition est acquise mais, avant qu'elle
le soit ou dans l'ignorance où l'on se trouve, il peut exister
une rectitude réelle au sein même d'une insuffisance des for-
mules. Il y a longtemps qu'on a relevé d'assez graves inexacti-
tudes dans les énoncés christologiques ou trinitaires des écri-
vains anténicéens. Les protestants du XVIIe siècle ont argué de
ces difficultés, dont Petau n'a pas su bien sortir. Certains écri-
vains authentiquement orthodoxes ont eu des façons de s'expri-
mer qui, appréciées selon les critères ultérieurs, pourraient être
115
