TRADITION ET VIE ECCLÉSIALE
pitre XIIIe de l'Institution de 1539-1541 touchant les sacrements
autres que le baptême et l'eucharistie 20.
Tout ce que nous venons de dire permet de comprendre pour-
quoi et comment la liturgie est le lieu privilégié où se garde
et se communique la Tradition: car elle est la première des
choses qui se font dans l'Église, et de beaucoup la principale.
Elle est, en effet, la célébration active et opérante du mystère
chrétien. Et comme elle célèbre et contient ce mystère tout
entier, elle transmet tout l'essentiel de ce qui doit être trans-
mis.
Que la liturgie soit un «lieu théologique » privilégié, le fait
est trop bien connu et aujourd'hui trop généralement reconnu
pour qu'il soit utile de l'établir 21. Il tient à la nature même de
la liturgie, qui est un culte et comporte en conséquence la valeur
d'une attestation ou profession de la foi. On peut ramener le
fameux adage << Lex orandi, lex credendi » à son sens originel,
comme l'a fait décisivement Pie XII 22, il reste que l'Église a
comme investi toute sa foi dans sa prière et que si la ferveur
n'est pas créatrice de vérité, la liturgie contient, livre et exprime
à sa manière la totalité de mystères dont l'intelligence et le dogme
lui-même n'ont formulé que certains aspects. « On n'a pas com-
mencé par dire que le pain était changé en corps du Christ et
le vin en son sang; ce qu'on a dit d'abord et ce qu'on dit tou-
jours, c'est : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. L'idée complé-
mentaire d'un changement peut être appelée à bon droit une
réflexion ultérieure 23.»
On a aimé, ces dernières années, souligner le fait que la célé-
bration liturgique et principalement les sacrements sont un
canal par lequel la Révélation du salut de Dieu en Jésus-Christ
nous parvient; la liturgie atteste les mystères, elle les annonce
en les célébrant, ne cessant de proclamer les thèmes les plus fon-
ciers de l'Écriture, en nous faisant donner, à mesure, la réponse
d'accueil et de louange que demande la Parole ainsi proposée 24.
Cet aspect du culte doit plaire aux protestants, aux réformés
surtout, qui définissent le sacrement comme verbum visibile, une
parole sensible, et lui attribuent une valeur essentiellement
cognitive. Ils tendent, par là, à éclipser l'autel au bénéfice de la
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