TRADITION ET VIE ECCLÉSIALE
Newman l'a dit avec sa manière tout irénique et pénétrante. On
nous saura gré de le citer ici :
Je me demande si l'on doit rechercher dans le rituel la doctrine de
l'Église au sujet de la confirmation, bien qu'elle puisse s'y trouver.
Les prières ne sont pas des sermons, sauf occasionnellement. Les
puritains et autres auraient voulu les changer en sermons, et pen-
saient que la grâce de ces prières consistait dans l'impression d'illu-
mination qu'elles produisent sur l'esprit. Là-dessus, ils entamaient
généralement une longue prédication. Dans le protestantisme extrême
(du Continent), la cérémonie du Baptême comporte donc une longue
exhortation. Dans le même esprit, Bucer, dans le second livre du roi
Édouard, fait précéder le service du culte quotidien d'une exhorta-
tion, qui fait encore partie de ce service. Dans l'Église primitive, les
fidèles ne pensaient pas à eux-mêmes; ils venaient vers Dieu. La mai-
son et l'autel de Dieu, tels étaient les sermons qui leur étaient adres-
sés et qui élevaient leur âme. Les sacrements de Dieu étaient les
objets vers lesquels étaient tournés leurs regards. Les paroles étaient
inutiles.
C'est pourquoi, dans l'ordination, l'imposition des mains est tout.
Il n'est pas besoin de paroles. (...) Et c'est pourquoi, dans notre céré-
monie de Confirmation, l'exhortation s'adresse à ceux qui viennent,
afin de leur demander ce qu'ils ont à donner. Ils donnent leur parole,
et l'évêque leur impose les mains: tel est l'échange. Le geste parle
de lui-même : ce doit être un don. Quelle autre signification aurait
cette imposition des mains?
J'imagine que cela paraît clair aux hommes doués de bon sens,
même si l'évêque ne prononce pas une parole en administrant le rite
sacré 29.
L'exemple invoqué par Newman est l'un des plus impression-
nants. Tout prêtre l'a vécu bien des fois dans son existence. Il
est vrai que la liturgie des ordinations explique ensuite le contenu
du sacrement, mais, dans le moment même où le sacerdoce est
communiqué, elle se contente de le faire sans le dire, et personne
ne se trompe sur le sens de ce geste muet. Lors des discussions
sur les ordinations anglicanes, les Anglicans invoquèrent en leur
faveur d'antiques rituels d'ordination qui n'étaient pas plus
explicites que celui de Cranmer. Cela ne pouvait suffire à dirimer
la question, puisque le silence total suffit, mais à la condition
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