LA TRADITION ET LES TRADITIONS
qu'il soit rempli de signification par la foi et la tradition de
l'Église. Or, c'est cette foi qui, dans le cas, est en question.
De cette nature de la liturgie comme lieu de la Tradition et
moyen de sa communication, découlent un certain nombre de
caractères qui font d'elle une didascalie sacrée 30, un préceptorat
de vie sainte, une sorte de matrice spirituelle où se forment les
chrétiens.
Le fait, d'abord, que les réponses de la liturgie aux requêtes
de précision de type conceptuel sont relativement décevantes.
Nous en avons fait personnellement une expérience plusieurs
fois renouvelée. Ayant tant de fois été comblé en intelligence des
mystères par la célébration attentive de la liturgie, à laquelle
nous professons devoir la moitié au moins de ce que nous avons
compris de théologie, nous avons plusieurs fois entrepris, soit
directement, soit à travers telle ou telle publication 81, une étude
de la doctrine contenue dans les textes. Nous avons constaté que
leur contenu merveilleusement riche, inépuisablement nourri-
cier, ne fournit pas ce qu'on pourrait espérer en données théolo-
gisables précises.
Le fait, en second lieu, que la liturgie donne toujours la tota-
lité, livrant le mystère du salut, un peu comme fait l'art chrétien
le plus ancien, qui, d'une façon ou d'une autre, représente au
fond le salut 32. De là vient son caractère paisible, assuré et
joyeux. Tandis que les dogmes ont souvent été formulés contre
des hérésies, la liturgie n'est dirigée contre personne, même si
un certain nombre de collectes sont d'intention antipélagienne,
comme le Gloria Patri est antiarien. Dans la liturgie comme dans
les écrits des Pères, parce que le kérygme évangélique essentiel
s'y exprime, il existe une sorte de présence du tout à chaque
partie, qui donne à chaque partie son sens, comme un centre le
donne à tout ce qui gravite autour de lui. Or, nous le verrons
mieux dans un prochain chapitre, le sens des choses est l'apport
le plus précieux de la Tradition. Celle-ci est supérieurement
communiante, catholicisante. En elle, tout est toujours donné
parce qu'elle se situe toujours au centre, pour en communiquer
la présence et la vertu.
La didascalie de la liturgie, en troisième lieu, est de caractère
sacré, nous dirions volontiers «< mystérique », en renvoyant à Odo
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