TRADITION ET VIE ECCLÉSIALE
Casel 83. L'Écriture est œuvre de l'Esprit, accomplie à travers des
hommes saisis par l'Esprit. De même, ce qui, n'étant pas écriture,
vise cependant à communiquer le salut doit passer par un canal
saint: sacrements, hommes spirituels et communauté consacrée.
Qu'on pense à l'atmosphère liturgique, monastique, dans laquelle
s'est poursuivie l'activité d'enseignement, dans l'Église, avant
que la scolarisation n'ait gagné comme elle a gagné, sans parvenir,
d'ailleurs, à tout gagner, et non sans susciter des réactions que
notre époque a renouvelées, d'abord en ce qui concerne l'étude
et l'enseignement de la théologie, mais surtout en ce qui touche
ceux du catéchisme. Sacra Pagina, Scientia sacra, Sacra doctrina,
Divina Traditio. Il s'agit d'une chose sainte qui se célèbre, qui
suppose un fond de prière, de jeûne, de disponibilité à l'Esprit.
La Tradition elle-même témoigne en ce sens : elle pose ses
propres conditions d'existence comme un statut de vie sainte
pour une Église dont l'idéal soit un peu le monachisme, et non
pour une Église livrée à des règles d'existence tout extérieures,
séculières, où les décisions s'élaboreraient simplement dans des
bureaux et ne seraient jaugées qu'à la mesure d'un idéal géomé-
trique et juridique. On ne sera jamais trop conscient, à cet égard,
du mal profond qu'a pu faire un recueil comme celui de Denzin-
ger-Bannwart, si remarquable et si utile soit-il d'autre part.
Ajoutons que la liturgie est par nature conservatrice. Elle a le
génie de la transmission intacte d'une chose confiée à des fidèles
et retirée à la profanation. Par sa nature aussi, elle est à la fois
communautaire et hiérarchique, acte de tout un peuple et acte
d'hommes ordonnés. Elle répond ainsi remarquablement au
statut que nous avons découvert être celui du sujet de la Tradition.
Avant de passer à une interprétation théorique d'ensemble,
nous nous permettons de citer ici deux très beaux textes : le pre-
mier est tiré d'un commentaire de l'encyclique Mediator Dei sur
la liturgie, par le père de notre mouvement liturgique moderne,
Dom Lambert Beauduin, le second, d'une communication de
Maurice Blondel faite à la Société française de Philosophie, en
date du 3 avril 1919. Ils feront une transition naturelle entre la
première et la seconde partie de ce chapitre.
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