ÉCRITURE ET TRADITION
à-dire le mystère de Jésus-Christ sauveur) est compris. L'Église
est le lieu et le moyen par lesquels l'action révélatrice et salvi-
fique de Dieu, qui a son moment suprême en Jésus-Christ,
atteint les hommes 3. Écriture, Tradition, Église sont trois termes
inséparables : même chez S. Irénée et Tertullien, chez lesquels
ils prennent cependant des contours mieux dessinés. Pour Irénée,
le kérygme chrétien est gardé dans la tradition des Apôtres trans-
mise dans l'Église par la succession des évêques. Il est aussi
consigné dans les Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testa-
ment lues comme formant un tout et consonant dans le témoi-
gnage qu'elles portent à Jésus-Christ. Irénée ne subordonne ni
la Tradition à l'Écriture ni l'Écriture à la Tradition. Elles ont
même contenu. Ce sont deux expressions ou voies de la Révéla-
tion salutaire qui est confiée à l'Église et se trouve en elle : cette
Révélation parvient aux hommes par la prédication des Apôtres
conservée dans la Tradition, dans l'enseignement de l'Église et
dans les Écritures. S'il n'y avait pas d'Écritures, ajoute Irénée,
on croirait rien que par la prédication de l'Église, mais les Écri-
tures sont le moyen par lequel on peut prouver aux hérétiques
que la prédication de l'Église est conforme à la Tradition reçue
des Apôtres. Cependant, on ne le fait qu'à partir de cette même
Tradition hors de laquelle les Écritures n'ont pas et ne disent
pas leur sens. Écriture et Tradition ont le même contenu, mais
sous deux formes et en deux états différents 4. Elles sont insé-
parables, elles s'appuient et s'éclairent l'une l'autre.
Chez les premiers Pères, une tradition orale n'était pas distin-
guée, quant au contenu, de ce qui nous est transmis dans les
Écritures, encore que Tertullien et Origène aient bien conscience
du fait que l'Église tient et pratique des choses pour lesquelles
l'Écriture ne fournit pas d'attestation formelle. Cette conscience
est plus distincte et elle s'exprime plus nettement au Ive siècle
(cf. E. H., p. 61 s.). Même alors, cependant, ce n'est pas l'idée
d'une dualité de sources de connaissance qui domine. On tient
que tout ce qu'il faut savoir sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur le
salut, est contenu de quelque manière dans les saintes Écritures 5.
On n'éprouve aucune peine à affirmer à la fois la suffisance de
l'Écriture et l'existence de traditions apostoliques non écrites.
De fait, nous l'avons vu, quand on donne des exemples de telles
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