ÉCRITURE ET TRADITION
Les Pères ne considèrent pas la sainte Écriture seulement
comme source de connaissance : elle est à leurs yeux le principe
du salut et de la perfection, bref, de l'existence chrétienne. Pour
eux, à la vérité, c'est à peine si la distinction entre connaissance
et salut avait un sens moins encore une opposition entre les
deux. Les chrétiens des premiers siècles avaient une conscience
extrêmement vive de ce que la Révélation divine contenue dans
les saintes Écritures avait apporté de lumière à un monde enté-
nébré : c'est un des motifs fréquents de leur action de grâces".
De cette connaissance, ils apprécient l'aspect de science, mais
plus encore celui de sagesse, en quoi s'unissaient savoir et valeur,
instruction et principe de vie. L'Antiquité connaissait une intense
recherche de la sagesse; les chrétiens, eux, avaient reçu, dans la
sainte Écriture, le trésor souverain de la vraie Philosophie et
d'une sagesse totale, menant à l'absolu de la vie bienheureuse.
Les hommes avaient, au long de leur histoire, fait diverses ten-
tatives pour sortir de leur misère : c'est cela qui avait animé leur
recherche des arts et des sciences. Ils n'avaient pas abouti. Mais
Dieu était venu à leur secours et leur avait donné le remède de
sa Sagesse dans les divines Écritures 8.
Source de connaissance, l'Écriture était, en cela même, prin-
cipe de salut. Aussi les Pères lui attribuent-ils les effets de vie
spirituelle que nous sommes accoutumés de rapporter plutôt à
la grâce. Elle libère de la vaine gloire, dit S. Jean Chrysostome,
c'est un remède; elle console. L'ignorance de l'Écriture est la
cause de tous les maux. Nous sommes sauvés avec elle et nous
ne le serions pas sans elle... 9. Origène, Jérôme, Grégoire le
Grand, disent des choses semblables: ils parlent de l'Écriture
comme si elle opérait toute la reconformation de l'homme à
l'image de Dieu, toute la vie spirituelle depuis les purifications
initiales jusqu'à l'union ¹º. Mais les auteurs modernes montrent
également en elle un principe de communion avec Dieu ¹¹. C'est
qu'elle est la communication du Christ, qu'on boit et qu'on
mange en elle comme dans une sorte de sacrement 12.
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C'est donc en un sens très total que l'Écriture contient tout,
aux yeux des Pères et des médiévaux; en elle, Dieu nous a com-
muniqué tout ce qui est nécessaire ou utile à la conduite de cette
vie. Elle renferme toute la vérité salutaire 13. On en est tellement
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