ÉCRITURE ET TRADITION
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aux hérétiques de fausser l'interprétation de l'Écriture et n'en
pas même user vraiment, mais d'en mésuser 32: il leur a radica-
lement dénié le droit de toucher autrement que ne fait l'Église
à ce qui est la légitime propriété de cette seule Église (principe
de prescription). Origène, comme Tertullien, dit que les héré-
tiques volent à l'Église les paroles divines pour leur donner un
sens étranger, qui constitue une sorte d'adultère spirituel
« Citer des textes, dit S. Jérôme, le diable lui-même l'a fait :
nous pourrions tous, en gardant la lettre, glisser dessous une
nouvelle doctrine 34... » S. Augustin dit de même, que les héré-
tiques ont le tort de lire mal une Écriture qui, en elle-même, est
bonne et qu'ils ont raison d'estimer à très haut prix 35. C'est un
thème commun à tous les Pères, acquis à la théologie de l'hérésie
ou à celle de l'Écriture, et qui se retrouve abondamment au
moyen âge 36.
On aime souligner également le fait que les hérétiques ne sont
pas d'accord entre eux. Le manque d'unité dans la foi est par
lui-même un signe de l'erreur: Thomas Netter le remarquait
déjà contre les disciples de Wyclif 37; les apologistes catholiques
ont largement repris l'argument contre la Réforme, mais déjà
S. Vincent de Lérins en avait tiré la conclusion qu'il est néces-
saire de s'en tenir à une lecture des Écritures dirigée «< secundum
ecclesiastici et catholici sensus normam ». Il écrivait, en 434 :
Quelqu'un dira peut-être : « Puisque le Canon des Écritures est
parfait et qu'il suffit amplement et surabondamment pour tous les
cas, quel besoin y a-t-il d'y joindre l'interprétation de l'Église? C'est
que, vu la profondeur de l'Écriture sainte, nous ne l'entendons pas
dans un seul et même sens. Les mêmes paroles sont interprétées par
l'un d'une façon, par l'autre d'une autre, et on pourrait dire qu'au-
tant il y a de commentateurs, autant voit-on qu'il y a d'opinions.
Novatien l'explique d'une façon, Sabellius d'une autre façon, Donat
d'une autre encore; Eunomius, Arius, Macedonius ont leur opinion;
Photin, Apollinaire, Priscillien ont la leur; la leur encore Jovinien,
Pélage, Caelestius; la sienne enfin Nestorius. Et c'est pourquoi il est
bien nécessaire, en présence de tant d'erreurs aux multiples replis,
que la ligne de l'interprétation des livres prophétiques et apostoliques
soit dirigée conformément à la règle du sens ecclésiastique et catho-
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