LA TRADITION ET LES TRADITIONS
3º Il faut que le sens de l'Écriture soit communiqué par
l'Esprit de Dieu, en un acte qui, de son côté, est révé-
lation, et dont le fruit en nous est la connaissance chré-
tienne, « gnôsis ».
Les Pères et les théologiens du moyen âge croient que Dieu
a mis une fois pour toutes, dans les Écritures, toute sagesse.
Mais, ce que Dieu a dit, Dieu seul est capable de le comprendre,
Dieu seul peut nous le faire comprendre : l'Écriture doit être
lue par le (don du) même Esprit qui en a inspiré le texte 46. A
l'acte, posé une fois pour toutes en sa perfection, par lequel
Dieu a donné les Écritures aux hommes, doit correspondre, tout
au long de l'histoire de ces mêmes hommes, une activité par
laquelle Dieu leur donne de comprendre progressivement le sens
et le contenu de sa Parole. L'Écriture est inspirée, elle contient
la vérité, mais il faut que son contenu et son sens nous soient
dévoilés, révélés. En ce sens, pour les Pères et les médiévaux,
les Écritures canoniques ne sont pas la Révélation: la Révéla-
tion (ou l'inspiration), dans leur vocabulaire, ne désigne pas un
pur dépôt objectif, mais un acte l'acte par lequel Dieu nous
communique la connaissance de ce qu'il pense ou veut. Cela
peut être le nom de celui auquel il veut confier le ministère
sacerdotal ou royal; cela peut être une précision touchant les
rites sacramentels, ou touchant le domaine de ce que nous appe-
lons la casuistique; cela peut être le sens des saintes Écritures,
et bien d'autres choses encore 47. Quelle que soit la matière en
cause, il s'agit de vivre d'une façon pleinement théonomique,
réglée par Dieu, dont on attend qu'il fasse connaître (revelare)
sa pensée et sa volonté. On ne l'attend pas d'une façon pure-
ment passive, dans une attitude quiétiste. Dieu intervient comme
il veut, mais on peut se disposer à recevoir son inspiration. On
le fait par la prière, l'aumône, le jeûne, et par un bon usage des
ressources naturelles, en particulier de l'entendement.
Un texte de S. Bonaventure est particulièrement significatif.
Il s'agit du dogme de la Procession du Saint-Esprit. Il a, dit-il,
son fondement dans l'Écriture, et ce fondement est commun
aux Grecs et aux Latins. Il reçoit une élaboration de la raison
théologique : c'est à ce niveau que les Grecs ont le tort de vou-
146
