LA TRADITION ET LES TRADITIONS
S. Robert Bellarmin a écrit des traités de spiritualité. Il n'a pas
été seul à le faire. Mais nous sommes précisément au moment où
théologie et spiritualité se séparent comme deux domaines dif-
férents, dans le cadre desquels chacune se suffit à soi-même. Les
conditions spirituelles de la vie sont sans doute présupposées :
elles n'interviennent pas dans la structure épistémologique de la
Tradition. Celle-ci apparaît comme une transmission quasi méca-
nique d'un dépôt tout constitué. Elle qui doit être le complément
vivant des textes morts, elle qui doit être une activité d'un vivant
envers un vivant, et finalement du Dieu Vivant à l'égard d'un
fidèle à vivifier, elle apparaît contractée dans une série de textes
affectés d'un coefficient d'autorité juridique tiré de la casuistique
des traités De Locis theologicis. Le Probatur ex Traditione des
manuels est aussi étranger au sens historique des textes et des
contextes qu'au sens théologique et chrétien de l'action de Dieu
dans son Église.
Si, dans ces chapitres De Traditione, le Saint Esprit est men-
tionné, c'est du dehors, comme garantie assurée et invoquée une
fois pour toutes, de l'infaillibilité de « l'Église », c'est-à-dire du
magistère hiérarchique dont les liens avec la communauté des
chrétiens sont vus d'une façon unilatérale et juridique. On ne
parle plus de la nécessité d'un effort de conversion au Christ : il
semble que l'Église n'ait plus à combattre pour sa fidélité, pour
attirer la visite de l'Esprit. L'anthropologie spirituelle a été
comme sortie de l'ecclésiologie. La structure juridique suffit à
tout, assurée qu'elle est de charismes administratifs. Nous avons
cité déjà le mot de Möhler à ce sujet : « Dieu a créé la hiérarchie
et ainsi il a pourvu plus que suffisamment aux besoins de l'Église
jusqu'à la fin des temps. »
Grâce à Dieu, nous sortons aujourd'hui des sept années de
sécheresse et de vaches maigres.
6º Le consensus unanime des Pères ou celui de l'Ecclesia
désigne sûrement un « lieu » de l'action de Dieu.
De tout temps le consensus des fidèles, et plus encore de ceux
qui sont chargés de les enseigner, a été considéré comme un
signe de vérité : non en vertu d'une mystique de suffrage uni-
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