ÉCRITURE ET TRADITION
versel ou d'une philosophie de type menaisien, mais en vertu du
principe évangélique selon lequel un effet caractérisé de commu-
nion et d'unanimité en matière de christianisme engage et notifie
l'intervention du Saint-Esprit 96. Dès que l'on a commencé d'uti-
liser l'argument patristique dans les controverses dogmatiques
cela s'annonce dès le tre siècle; cela devient courant au Ive 97 >
on a cherché à établir l'accord des témoins qualifiés de la foi et
à tirer de cet accord une preuve que telle était bien la croyance
de l'Église. A vrai dire, quelques témoignages suffisaient, un seul
même, si c'était celui d'un homme à la parole duquel sa situation,
ou la considération que lui attribuait l'Église, donnait la valeur
d'une sorte de personnification de toute cette Église 98. Le décisif
n'était pas la quantité comme telle, mais la représentativité :
« Non numerentur, sed ponderentur ! »
Le principe du consentement unanime des Pères comme « lieu
théologique » sûr est classique dans la théologie catholique; il a
été souvent proclamé par le magistère, qui en affirme la valeur
tout particulièrement dans l'interprétation de la sainte Écriture 99.
Il est d'une application difficile, au moins à un certain niveau.
S'agit-il du sens de textes scripturaires particuliers? Le consen-
sus total des Pères est rare 100. A vrai dire, un consensus intégral
n'est pas nécessaire bien souvent, celui qu'on invoque pour
des points de dogme, le considérant comme suffisant, ne dépasse
pas celui qu'on rencontre dans l'interprétation de bien des textes.
Mais il arrive que des Pères aient entendu un passage d'une
façon qui ne concorde pas avec l'enseignement ultérieur de
l'Église. Un seul exemple: leur interprétation du passage de
Mat, 16, 16-19 relatant la confession de Pierre à Césarée de Phi-
lippe : sauf à Rome, ce passage n'est pas appliqué par les Pères à
la primauté papale 101. Ils en développent une exégèse au niveau
de leur pensée ecclésiologique : peu juridique, mais anthropolo-
gique et spirituelle.
Ce fait, choisi parmi tant d'autres, montre d'abord que les
Pères ne peuvent être isolés de l'Église et de sa vie. Ils sont grands,
mais elle les dépasse par la durée comme par l'ampleur et la
richesse de son expérience. C'est elle, ce n'est pas eux, c'est le
consensus de l'Église soumise à son Seigneur, qui règle adéqua-
tement notre christianisme. Ce fait montre ensuite qu'on ne
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