ÉCRITURE ET TRADITION
chrétien à peu près ce qu'est le milieu éducatif pour l'homme.
On sait que l'enfant a besoin de former ses propres certitudes
dans un milieu qui lui donne la sécurité, grâce à l'assurance et
à la paix réalisées dans le foyer. Le consensus des Pères repré-
sente un élément foncier de cela pour l'Église.
7° En quel sens la Tradition représente autre chose que
l'Écriture.
Nous voudrions, au risque d'une ou deux répétitions, pousser
plus loin l'élaboration du principe le plus foncier qui gouverne
les relations entre les Écritures canoniques et la Tradition de
l'Église, telles que les paragraphes précédents les ont dessinées.
L'Écriture ne livre pas entièrement son sens par elle-même.
Le texte a besoin de se complémenter dans une interprétation.
Ce qui le montre, c'est que le même texte est sujet à plusieurs
interprétations. Les chrétiens ne lisent pas l'Ancien Testament
comme les Juifs, qui refusent même ce vocable d' « Ancien Tes-
tament ». D'autre part, un auteur protestant néerlandais écrivait
récemment : « La devise de la Réformation n'était-elle pas Écri-
ture seule ? J'y objecte que la pluralité des Églises est en opposi-
tion avec cette devise 103. »
Il faut aller plus loin. L'Écriture n'est pas, par elle seule, la
parole et la communication par laquelle Dieu veut faire vivre
l'homme. Elle est bien parole de Dieu en ce sens que, de ces
expressions écrites d'une pensée et d'une histoire, Dieu lui-
même a pris la responsabilité. Elle n'est point, par elle seule,
parole de Dieu au sens où Dieu serait le sujet de l'acte de me
parler. Sa Parole est comme déposée ou sédimentée; elle est
devenue objet ou chose dans le Texte. Grâce à quoi la parole dite
une fois traverse les siècles et me parvient encore. Mais, pour
qu'elle actualise son contenu dans un esprit vivant, il faut que
son sens soit perçu aujourd'hui par un tel esprit, grâce à un nou-
vel acte de Dieu : non plus l'acte par lequel Dieu a une fois ins-
piré un écrivain sacré, mais celui par lequel il communique le
sens de sa Parole à son peuple, en la communion des prophètes
et des Apôtres.
Les apologistes catholiques du xve siècle ne cessent de repro-
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