ÉCRITURE ET TRADITION
Elle entraîne ou opère quelque chose de semblable à elle-même
et à son contenu : une mauvaise nouvelle cause la tristesse et
vaut à son messager la mort, une bonne nouvelle cause la joie et
vaut à son porteur une récompense 110. La Parole de Dieu appa-
raît d'un bout à l'autre comme un signe de l'action salutaire de
Dieu, un signe efficace, un signe de grâce : ce sont les traits mêmes
d'un sacrement. Aussi bien cette nature sacramentelle de la
Parole a-t-elle été traditionnellement reconnue 111; elle l'a été par
la théologie protestante, et d'autant plus vigoureusement que
cette théologie transférait sur la parole ce qu'elle négligeait trop
de voir de positif et de propre dans les sacrements.
Cette structure sacramentelle implique à la fois unité et dualité.
La dualité est celle que la Scolastique a formulée, à partir de
l'analyse augustinienne du sacrement, sous les vocables de sacra-
mentum et de res. Le sacramentum est le signe lui-même : élé-
ments utilisés avec foi en la parole qui les accompagne, gestes
significatifs accomplis par les célébrants du sacrement, fidèle et
ministre. La res et sacramentum est la réalité spirituelle que le
sacrement produit par lui-même dès là qu'il est valide, mais qui
appelle encore, au-delà d'elle, un effet en nous : c'est, par exemple
pour le baptême, le « caractère » ou marque spirituelle de notre
consécration; pour l'eucharistie, la présence du Christ immolé...
La res tantum est le fruit spirituel et salutaire visé par le signe :
produit dans l'âme du fidèle, il n'est pas contenu tel quel dans le
sacrement et demande, pour être obtenu, un nouvel acte : c'est,
par exemple, la grâce de fils de Dieu et membre du Corps du
Christ, pour le baptême, ou celle de l'unité ecclésiale la plus
profonde, pour l'eucharistie. Ces sacrements visent ces effets
spirituels derniers du signe sacramentel à la réalité de grâce
il y a continuité d'un même mouvement, d'une unique intention.
Pour que l'effet spirituel dernier soit obtenu dans le sujet vivant,
personnel et libre, qu'il doit sanctifier, il faut qu'intervienne un
nouvel acte spirituel. C'est pourquoi, en une dernière « épiclèse »,
la liturgie nous fait demander que la communion au corps et au
sang obtienne en nous, par une venue de la Grâce, le fruit que le
sacrement appelle.
S'agissant de la Parole de Dieu, Écriture mais aussi parole
prêchée, l'épiclèse implore la visite personnelle du Verbe: c'est
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