LA TRADITION ET LES TRADITIONS
chrétien, il n'est pas impossible d'aller au-delà de l'attestation
formelle du Texte. Un théologien protestant comme H. Diem
ne refuse pas en principe une telle perspective 117.
Le fondamentalisme (c'est-à-dire un littéralisme raide jusqu'à
l'inintelligence) et les sectes ignorent l'analogie de la foi. Ils
s'attachent à un texte qu'ils interprètent raidement, parfois hors
toute vraisemblance, sans voir son rapport avec d'autres textes
ni avec l'ensemble du mystère chrétien. Il récusent la Tradition,
qui est, au contraire, synthèse. Sans la Tradition, on n'aurait
qu'une collection de témoignages plus ou moins disparates : un
paulinisme, une « christologie primitive », un johannisme, une
eschatologie des Synoptiques, une de Paul, une de Jean, etc., et
pas la Révélation comme unité ou totalité. Un principe de
Scriptura sola appliqué de façon conséquente aboutirait difficile-
ment à cette unité que requiert l'enseignement de la foi pour être
reçu dans un esprit, et encore plus pour être le principe d'unité
d'une Église. Les Communions protestantes ne le pratiquent pas
rigoureusement et ne s'en tiennent pas à lui pour être ce qu'elles
sont: elles ont gardé, par exemple, le dogme des quatre premiers
conciles œcuméniques. Quant à l'Église, elle a modelé sa tradi-
tion, comme en son moment classique ou en ses années décisives
de formation, à l'époque des Pères et des grands conciles dogma-
tiques, les quatre premiers surtout, en déterminant les éléments
de la synthèse. Il fallait préciser des points tels que: Israël et
l'Église, Église et Royaume, Verbe éternel et Jésus, Esprit et
Dieu, Esprit et Christ... Il nous paraît tout simple, aujourd'hui,
de lire dans les Écritures les dogmes de Nicée, d'Éphèse, de
Chalcédoine et de Constantinople; mais quand on parcourt les
traités d'Origène (voir par exemple son Entretien avec Héraclide),
d'Athanase, de Basile, d'autres Pères encore, pleins de discus-
sions, mot par mot, des versets auxquels achoppaient ceux que
nous considérons comme hérétiques, on s'aperçoit que les choses
n'allaient pas de soi et que notre lecture des Ecritures s'est incor-
poré, avec la leur, le meilleur de la Tradition. Cependant, les
Pères et les conciles n'ont fait, comme disait S. Athanase, que
rassembler le sens (Stávolav) des Écritures 118.
C'est pour faire bénéficier notre lecture des saintes Lettres de
cet apport de la Tradition que l'Église catholique demande à ses
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