ÉCRITURE ET TRADITION
D
fidèles de les lire dans des éditions munies, non seulement d'indi-
cations des lieux parallèles admirable ressource, déjà, mais
qui répond seulement au principe de Scriptura suiipsius inter-
pres, mais de notes 119.
L'Église arrive ainsi à prendre conscience, éventuellement au-
delà du texte littéralement explicite, du contenu de la réalité
chrétienne dont elle vit et fait l'expérience. Elle déploie, dans la
synthèse, certaines parties plus ou moins laissées dans l'ombre
par les attestations textuelles. Bien des choses «< catholiques » en
sont là vie religieuse, sacrements, Vierge Marie, culte des
saints... Les protestants récusent cette démarche au nom de la
souveraineté de la seule Écriture ou, disent-ils, de la Parole de
Dieu. Ils ont ainsi souvent manqué d'intelligence pour bien des
choses dont ils redécouvrent aujourd'hui la valeur chrétienne et
même le caractère apostolique. Les catholiques ne peuvent jus-
tifier adéquatement leurs positions en invoquant des textes
exprès. Mais, tenant ces positions comme des éléments de la
réalité chrétienne qu'ils ont reçue par tradition, ils peuvent en
retrouver et indiquer, dans l'ensemble de l'Écriture, les points
d'insertion, les attaches et les appuis. L'Église justifie ainsi sa
croyance par des textes, sans être limitativement liée à ce qu'ils
disent expressément. Elle reconnaît, à partir de ce qu'elle tient et
dont elle a l'expérience, des appuis qu'une lecture purement
scientifique du texte ne faisait pas découvrir 120. Le texte la
contrôle, mais elle l'éclaire : il n'est jamais qu'un témoignage sur
des faits et des réalités dont elle vit comme de son principal
« donné ».
Les protestants ne feraient pas avec nous tout ce chemin, ils
s'arrêteraient avant nous, au point où une exégèse théologique,
dont beaucoup admettent le principe 121, risquerait de dépasser
l'application christologique et christocentrique. K. Barth admet
quelque chose d'une doctrine mariale comme « christologischer
Hilfsatz ». La différence, entre la Réforme et nous, pourrait bien
être d'ecclésiologie plus que d'herméneutique. La pensée pro-
testante nous paraît, une fois de plus, trop séparer le Christ de
son Corps et son Corps du Christ. Elle ne voit pas assez que, par
l'envoi du Christ et de son Esprit, Dieu est vraiment entré dans
l'Histoire; elle isole trop l'ephapax du Christ de son rayonne-
165
