ÉCRITURE ET TRADITION
la totalité est comprise dans l'Évangile nous sont communiqués
aussi bien par les traditions que par les Écritures.
On sait que cette interprétation du décret, établie par E. Or-
tigues et surtout par J. R. Geiselmann 125, a été attaquée récem-
ment de divers côtés 126 tandis qu'elle recevait, d'autre part, des
suffrages de poids 127. On a montré, contre Geiselmann, que le
changement de partim... partim en et, lors de la IVe session du
concile de Trente, ne comportait pas, dans l'intention des Pères,
le passage d'une affirmation de deux sources différentes et indé-
pendantes à l'affirmation, simplement, de deux voies ou modes
de communication, et qu'avant Canisius ou Bellarmin, les
contemporains, catholiques ou protestants, n'y avaient effective-
ment pas vu un tel passage. Ceci, croyons-nous, est historique-
ment exact et doit être considéré comme établi. Le reconnaissant,
cependant, nous ne nous sentons nullement tenu de nous rallier
à la position polémique des contradicteurs de J. R. Geiselmann,
et ceci pour les raisons suivantes :
Que les rédacteurs du décret n'aient pas changé partim... par-
tim en et parce qu'ils auraient voulu laisser sa chance à la thèse
d'une suffisance matérielle de l'Écriture, n'empêche pas que, ce
changement étant intervenu, laisse effectivement place et chance
à la thèse susdite, théologiquement parlant. Le texte a été provi-
dentiellement formulé dans des termes dont Ed. Ortigues et
J. R. Geiselmann ont eu raison de montrer la grande portée et
les possibilités au point de vue théologique. Ajoutons que notre
expérience des discussions conciliaires nous a montré que, quand
se manifeste une opposition à une formule ce qui a été le cas
à Trente contre le partim... partim -, on s'efforce généralement
de donner quelque satisfaction aux opposants, pas nécessaire-
ment en se rangeant à leur avis et en épousant leur idée, mais en
adoptant une formulation plus large, qui ne dirime pas la ques-
tion et n'exclut pas leur idée. Il est d'autant plus vraisemblable
que tel a été le sentiment des Pères de Trente qu'on sait combien
le concile s'était efficacement fixé pour règle de n'affirmer que des
doctrines sur lesquelles les catholiques étaient d'accord et d'évi-
ter de dirimer les points où ils divergeaient 128.
La préoccupation des Pères, leur intention, n'étaient pas de
répondre au problème posé dans le débat récent: il faut avouer
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