LA TRADITION ET LES TRADITIONS
qu'ils l'eussent fait assez mal s'ils avaient voulu le faire, puisque
c'est leur texte lui-même qui a donné lieu au débat. Leur préoc-
cupation n'était pas de distinguer, dans la matière de la Révéla-
tion, qu'ils englobent dans l'idée d' « Évangile », deux parties
matérielles : une qui serait contenue dans les Écritures cano-
niques et une autre qui n'y serait nullement contenue mais
découlerait seulement de traditions orales comme de sa source.
Leur préoccupation, leur intention étaient d'affirmer, contre les
novateurs, les principes sur lesquels l'Église avait toujours fondé
sa vie, et très précisément celui-ci : ce que l'Église tient comme
normatif et qui n'apparaîtrait pas exprimé dans les Écritures,
mérite le même respect que ce qui a l'appui des Écritures, qu'il
s'agisse de points de foi ou de points de discipline: car l'héritage
apostolique nous est parvenu aussi bien par des traditions non
écrites que par les Écritures 129. Mais il était largement, sinon
communément, admis que toutes les vérités nécessaires au salut
sont au moins indiquées dans les Écritures dont le sens n'est
valablement déclaré que dans la Tradition et finalement, de façon
globale au moins, dans l'enseignement du magistère 180.
On trouve chez les théologiens médiévaux et chez les Pères de
l'âge classique aussi bien l'affirmation que tout se trouve dans
l'Écriture, et l'affirmation que l'Église tient certaines choses par
tradition non écrite. Quand on essaie d'harmoniser les deux
affirmations, on arrive à penser ceci : dans la mesure où l'on
s'intéresse à la foi comme totalité, c'est-à-dire comme centrée et
totalisée dans le mystère chrétien - ce qui a été le cas des Pères
et reste celui de la liturgie, on la trouve dans les Écritures.
C'est même le rôle, c'est le contenu de LA Tradition dogmatique.
Alors se vérifie pleinement la formule d'hommes comme New-
man et Kuhn: Totum in Scriptura, totum in Traditione : tout est
dans l'Écriture, tout est dans la Tradition, selon les modalités
différentes que les chapitres précédents ont essayé d'expliquer.
Dans la mesure où l'on cherche une justification critique de tel
article particulier par un témoignage exprès, par exemple de
l'Assomption corporelle de la Mère de Dieu, on peut ne la point
trouver dans les Écritures, on n'y trouvera que des références
lointaines, des indications générales, qu'il faudra un long et
délicat raisonnement pour amener jusqu'à l'article en question,
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