ÉCRITURE ET TRADITION
dans le cadre et sous le bénéfice de l'analogie de la foi. Alors
même, cependant, le processus de Tradition et de développe-
ment théologique animé par le sens chrétien de toute l'Église
sous la double et consonante direction du Saint-Esprit et du
ministère pastoral assisté 181, n'est jamais sans attache avec le
témoignage scripturaire ni sans référence au Texte inspiré.
En vérité, l'Église ne tient aucune vérité de l'Écriture seule,
aucune par tradition seule, sans les Écritures. Les exemples qu'on
allègue en sens contraire 182 prouvent plutôt la vérité de ce que
nous affirmons et qu'ont noté également ceux qui ont abordé la
question munis d'une bonne information historique : le cardinal
Newman 133, Mgr Hefele 184, Dom P. De Vooght 135, le P. H. Hol-
stein, qui écrit avec raison : « La tradition, partout présente, n'est
nulle part parfaitement isolable 136. » De fait, les déclarations
dogmatiques mariales modernes, celle de l'Immaculée Concep-
tion et celle de l'Assomption, font appel à la fois à l'enseignement
et à la foi de l'Église, à la Tradition et aux saintes Écritures.
N'est-ce pas le signe qu'on ne peut séparer adéquatement un
domaine ou un contenu de vérités qui aurait pour principe
l'Écriture à l'exclusion de la Tradition, et un autre qui aurait
pour principe la Tradition à l'exclusion des Écritures? « Écrit
et « non écrit » départagent moins deux domaines matériels que
deux modes et deux états de connaissance, deux manières dont
l'Église vainc le temps et sa labilité, pour demeurer, à travers
lui, purement et pleinement apostolique. C'est pourquoi l'idée de
suffisance de l'Écriture n'a jamais dirimé et ne dirime pas la
question de la nécessité de la Tradition. Écriture et Tradition
sont moins deux sources indépendantes façon malencontreuse
et peu traditionnelle de concevoir leur rapport - que deux
témoignages rendus à la même Révélation, différents non seule-
ment par leur modalité mais par leur degré d'explicitation et par
la place qu'ils tiennent dans l'exécution de la mission que l'Église
a reçue de prêcher l'Évangile ou d'étendre le rapport religieux
d'alliance à toute créature.
>>>
Il n'existe aucune autonomie totale de l'Écriture par rapport à
la Tradition, si l'on entend par Écriture, non la matérialité du
texte imprimé, mais la lecture et l'intelligence du Texte sacré.
C'est l'affirmation unanime de toute la chaîne du christianisme,
169
