ÉCRITURE ET TRADITION
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Corinthiens : croit-on que ce que l'Église a reçu de S. Paul sur ce
point se réduise à ces quelques versets, si remarquablement pleins
soient-ils? Les situations devant lesquelles les Apôtres se sont
trouvés et qui ont largement conditionné leurs réactions épisto-
laires, ont été souvent particulières peuvent-elles valoir sans
plus pour tous les temps? Les fidèles de l'époque apostolique,
par exemple, n'étaient pas et ne pouvaient guère être mêlés au
train du monde; ils vivaient clairsemés dans une société menée
par des païens. Les textes qui visent une telle situation peuvent-
ils être sans plus et limitativement normatifs pour toutes les
époques de l'Histoire? C'est un fait que les sectes plus ou moins
fondamentalistes et littéralement, étroitement bibliques, prennent
des attitudes de minorité étrangère ou hostile au monde 137. Elles
manquent de la synthèse que permet la Tradition. Il est vrai que
les Apôtres, même quand ils traitaient un cas particulier, le rame-
naient si bien au centre et à l'essentiel qu'ils ont transmis des
paroles valables pour tous les temps, dont ils étaient d'ailleurs
providentiellement destinés à être les docteurs. Cela n'empêche
qu'il soit peu vraisemblable qu'ils aient exprimé dans leurs
lettres tout l'enseignement qu'ils ont livré à l'Église.
On a souvent noté qu'ils ont d'abord prêché et que l'Église a
vécu plusieurs décennies sans rien de ce que nous appelons le
Nouveau Testament. On a parfois attribué à cette remarque
plus de portée qu'elle n'en a. En effet, cette Église qui a vécu
sans Écritures apostoliques était une Église qui possédait les Écri-
tures prophétiques et qu'animaient et gouvernaient les Apôtres.
Il n'est peut-être pas très convaincant d'extrapoler et de voir
dans l'antériorité ou même l'existence exclusive de la parole prê-
chée, à l'époque des Apôtres, une preuve que telle peut demeu-
rer la condition de l'Église au cours de son histoire 188. Pour cette
Église, le problème est de savoir comment se retrouve en elle la
parole évangélique et apostolique qui lui a donné naissance. Si
la doctrine apostolique a pu exister dans l'Église, à l'époque des
Apôtres, sans écrits apostoliques, elle peut continuer à l'être.
S. Irénée et S. Augustin nous disent que bien des hommes
gardent la foi sans connaître les Écritures 139. La seule objection
sérieuse qu'on puisse faire est que, les intermédiaires se multi-
pliant, les difficultés d'une transmission fidèle s'accroissent. Ce
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