LA TRADITION ET LES TRADITIONS
n'est pas en vain que les Écritures apostoliques nous ont été
providentiellement données. Comme Newman aime le souligner,
elles sont nécessaires à l'Église pour justifier sa prédication. Pour
l'alimenter aussi, comme à une table toujours mise. Mais rien,
sauf un esprit de système et le caractère exclusif qu'a toujours
une réaction, ne permet de soutenir qu'à travers la durée de
son histoire, aujourd'hui encore et demain, les Écritures aposto-
liques soient le seul moyen par lequel l'Église a reçu et reçoit
l'enseignement des Apôtres. C'est ici le nœud de la question.
Vouloir s'en tenir, en fait d'héritage des Apôtres, à cela seul qui
nous est venu d'eux par écrit, c'est, comme Thomas Netter le
disait déjà à Wyclif 140, se vouer à un héritage amputé. L'exemple
de l'eucharistie, que nous avons déjà évoqué, illustre remarqua-
blement nos propos.
Admettons que les écrits apostoliques soient une référence
indispensable, de fait, pour assurer critiquement la pureté de
l'héritage apostolique : la Tradition est le moyen également indis-
pensable pour en assurer la plénitude. Le concile de Trente lui
a très expressément reconnu ce rôle.
Il est au moins un article d'immense portée dogmatique qui
ne se trouve pas dans les Écritures, c'est le Canon scripturaire.
Il faut considérer la chose de plus près. Nous disposons pour
cela d'une bonne documentation 141, mais il existe aussi plusieurs
interprétations théoriques différant entre elles, parfois, par des
nuances assez subtiles 142 et à l'égard desquelles nous nous
situerons implicitement, sans entrer dans une discussion tech-
nique.
Autre chose est la fixation concrète d'un Canon, autre chose
est le principe de canonicité ou de normativité : car «< canonique »
signifie «< normatif ». Le principe lui-même était acquis dès les
Apôtres, dans la conscience qu'ils avaient, et que les commu-
nautés chrétiennes reconnaissaient, que les déterminations qu'ils
posaient comme fondateurs ou modérateurs d'Églises avaient
une valeur normative pour ces Églises. Elles venaient en effet
de Dieu, elles avaient la garantie du Saint-Esprit, elles avaient
Dieu pour auteur, du fait que les Apôtres avaient été choisis
pour être les fondements de l'édifice Église. Les Apôtres avaient
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