ÉCRITURE ET TRADITION
S
par
conscience de cela, d'être ces « témoins prédestinés » (Ac, 10
41) dont la parole serait décisive : les charismes qui les ren-
daient aptes à ce rôle étaient assez éclatants, sans cesse confir-
més des interventions divines. La conscience d'être mus par
le Saint-Esprit dans ce rôle de fondateurs d'Églises relevait de
leur charisme apostolique : on peut la considérer comme le fruit
d'une « révélation ». A cet égard, le principe de canonicité appa-
raît comme révélé.
De son côté, l'Église, dès le début, a reconnu valeur de règle
à tout texte provenant d'un Apôtre, soit qu'il fût écrit par lui,
soit qu'il fût rédigé par quelque disciple sous la garantie d'un
Apôtre 143. Les anciens, qui s'intéressaient surtout aux principes
doctrinaux et n'avaient pas un sens aussi exigeant que nous
touchant les médiations historiques, pensaient volontiers que la
tradition leur avait transmis, depuis les Apôtres, un Canon qui
remontait à ceux-ci 144. Ils se trompaient peut-être sur le fait
d'un Canon défini, mais ils ne se trompaient pas sur le principe
de normativité, c'est-à-dire de canonicité. Dès que ce principe
était admis, un Canon était virtuellement acquis; dès là qu'il
était admis comme remontant aux Apôtres, il était suffisamment
rattaché à la Révélation terminée avec eux. D'autres dogmes,
la divinité du Saint-Esprit, par exemple, ou le nombre des sacre-
ments, ne se présentent pas dans des conditions différentes, si
ce n'est que, pour passer du principe à une liste des écrits cano-
niques, il devait intervenir une connaissance de certains faits.
Un Canon a fini par être fixé sur cette base. Les fluctuations
qu'a connues cette histoire n'excèdent pas en durée et en ampli-
tude celles que nous rencontrons dans l'histoire d'autres dogmes
aussi fondamentaux. Le plus important pour nous est de noter
qu'elles ont été des fluctuations dans l'attribution de tel ou tel
écrit à un Apôtre ou à un personnage apostolique. Le plus inté-
ressant pour nous est de savoir selon quels critères les écrits ont
été reçus dans le Canon 145
·
Le critère n'était pas, comme on l'a dit parfois, l'usage litur-
gique : celui-ci, en effet, s'il s'agit vraiment d'un usage liturgique
et non d'une simple lecture publique édifiante, supposait la cano-
nicité. Une fois établi, il a pu servir de critère pratique, puisque
effectivement canonicité et usage liturgique se recouvraient. Mais,
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