LA TRADITION ET LES TRADITIONS
au niveau de l'institution première, la reconnaissance de la cano-
nicité a précédé l'adoption dans l'usage liturgique.
On a suivi deux critères, dont le second a servi pour appliquer
plus sûrement le premier : le critère historique d'origine apos-
tolique, le critère dogmatique de conformité au kérygme de
l'Église, suite du kérygme apostolique 146. L'Église ancienne a
d'abord considéré comme normatif ou canonique ce qui venait
des Apôtres : l'usage des Églises a fini par s'aligner, comme sur
un critère absolu, sur la qualité d'écrit apostolique reconnue
sur la base d'une tradition historique 147. Subsidiairement, on a
recouru, pour dirimer un cas douteux, au critère de l'accord
avec la doctrine ou la prédication de l'Église, en laquelle se conti-
nuait le kérygme apostolique. En ce sens, il est exact de noter,
avec le rationaliste Ch. Guignebert, que l'Église a été guidée,
pour les admettre dans le Canon, par le sentiment de confiance
que lui inspiraient les écrits en raison de leur conformité avec
son propre sentiment 148, ou avec le théologien protestant
G. Ebeling, que, chez les Pères anciens, c'est la foi qui inter-
prète le texte et décide de l'Écriture, plus que le texte ou l'Écri-
ture ne décident de la foi 149.
Un jour, assez tardivement, la liste des écrits canoniques a
été fixée par un acte d'autorité. Le Canon dit de Muratori est
attribué à S. Hippolyte par le P. Lagrange 150. D'autres Canons
ont été fixés par des conciles. Chez nous, le premier Canon offi-
ciel et définitif a été donné par le « Décret pour les jacobites »>,
février 1441 (D 706), puis promulgué par le concile de Trente,
8 avril 1546 (D 784).
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Cette intervention de l'autorité, et même déjà celle, plus vague,
de l'ecclesia, ne signifie pas que l'Église créerait la valeur nor-
mative des Écritures : elle ne fait que la reconnaître 151. On ne
peut donc pas dire que l'Écriture tienne de l'Église son autorité,
ni même, fondamentalement, sa canonicité 152. Il y a pourtant,
dans la constitution du Canon, c'est-à-dire dans l'application à
certains écrits définis, à l'exclusion d'autres, du caractère de
normativité, un acte de l'Église, posé grâce à un charisme dis-
tinct du charisme apostolique d'inspiration, bien qu'en conti-
nuité avec lui pour en achever l'ouvrage au bénéfice des hommes.
C'est de l'Église que les fidèles apprennent quels sont les livres
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