ÉCRITURE ET TRADITION
de l'Ancien et du Nouveau Testament 153. On tient la liste des
écrits inspirés par autre chose que par l'Écriture elle-même et,
de cet << autre chose », l'Église est le sujet. Sans l'Église, la Bible
pourrait être reconnue pour un livre merveilleux, mais on ne
pourrait en exclure ni les Odes de Salomon, ni plusieurs de la
soixantaine des écrits juifs et de la cinquantaine de récits évan-
géliques que nous tenons pour apocryphes. La question du
Canon est tellement liée à celle de l'Église qu'on a vu souvent
des sectes se faire leur canon à elles 154.
L'important pour notre problème (qui reste celui de la Tra-
dition) est qu'on assiste, dans la constitution du Canon, à un
processus où s'allient trois réalités : Écriture, Tradition, Église.
Les écrits apostoliques, inspirés déjà et laissant voir que les
Apôtres se considéraient comme tels, ont été transmis en cette
qualité à une Église dont l'instinct spirituel a fondé un jugement
et une certitude finale. Ce jugement procède à la fois d'indica-
tions externes touchant l'origine apostolique des écrits — mais
ces indications étaient étrangement mêlées et brouillées! - et
d'une expérience ou d'une illumination intérieure liée à ce mou-
vement dont nous avons parlé, par lequel l'Église se convertit
à son Seigneur et, en ce mouvement même, voit... La recon-
naissance de la canonicité est donc un fait de structure analogue
à celle de la lectio divina, de la lecture sainte des Écritures. Dans
les deux cas, l'Écriture appelle la Tradition et l'Église; l'acte
qui l'a constituée appelle un deuxième acte de Dieu qui, tout
à la fois, se produit en dehors de l'Écriture et en continuité
avec elle. L'erreur serait de mettre tout à fait en dehors l'une
de l'autre, et encore plus d'opposer, ces trois réalités différentes
et consonantes: Écriture, Tradition, Église.
La question du Canon a été longtemps un des atouts des
controversistes catholiques; elle est encore un point névralgique
pour la théologie protestante qui s'en est beaucoup occupée ces
vingt dernières années 155. Elle l'a, le plus souvent, abordée dans
la ligne inaugurée par Luther, dont nous avons déjà touché un
mot. On sait que Luther disait : « Est apostolique, donc cano-
nique, ce qui parle de Jésus-Christ. » Selon K. Barth, la Bible
s'impose par elle-même comme parlant de Jésus-Christ : « C'est
175
